‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 185 sur 202 · CHAPITRE XU. O/O · texte numérisé non relu

CHAPITRE XU. O/O

âme n'a plus de ressort, parce que ses désirs n'ont plus d'arrt*t. Ces passions violenlcs, ora^c tumultueux du cœur humain, ces combats terribles de l'amour contre le devoir, du plus impétueux des sentiments contre le plus puissant des obstacles, qui honorent la nature humaine, même lorsqu'elle succombe, et dont la fiction excite tant d'admiration, et nous arrache tant de larmes, ne seront plus que des chimères, (ju'une postérité dégénérée reléguera au rang des travaux d'Hercule ou de la guerre des dieux contre les Titans. Législateurs, fermez ces théâtres, qui firent si longtemps l'ornement de la France. Phèdre, Zénobie, Pauline, Monime, seraient des personnages inconcevables pour une nation qui connaît le divorce. Andromaque \ réduite à ne pouvoir sauver les jours de son fils qu'en manquant à la foi promise à son premier époux, et jurant de mourir en formant de nouveaux nœuds, n'exciterait que la risée de femmes qui pourraient se remarier, du vivant même de leur maris. Ces grandes scènes de la société, où l'homme paraît dans toute sa force, parce que le devoir s'y montre dans toute sa rigueur, et la vertu dans toute son austérité, ne seraient plus dans nos vraisemblances théâtrales ; et puisqu'il faut des spectacles à ce peuple enfant, on amusera son oisiveté avec des bouffonneries ^ de valets, d'^s lazzi d'arlequin, des histoires de spectres et de voleurs. )) Serments de rester toujours unis, sacrés engagements que l'amour et l'innocence croient éternels, vous n'êtes point une illusion! la nature vous inspire à tous les cœurs épris l'un de l'autre; mais, plus forte que la nature, et d'accord avec elle contre nos passions, une loi sainte et sublime vous avait rati-

' « On ne croit point, dit Racine dans la préfàce d' Andromaque, qa'elle ) doive aimer un autre mari qu'Hector, ni d'autres enfants que ceux qu'elle a » eus de lui. »

- Jamais on ne s'est tant nioqaé, sur le théâtre, des idées bornées du peuple, de ses manières empruntées, de ses locutions vicieuses, que depuis qu'il a été reconnu souverain. Ces peintures gâtent les gens bien élevés, sans corriger le bas peuple, dont il faut respecter la siivpîesse domestique, et ne pas ex;^gérer l€S droits politiques.

fiés; et, arrêtant pour toujours le cœur de l'homme à ces sentiments si purs, hélasî et si fugitifs, elle avait donné à notre faiblesse le divin caractère de son immutabilité. Et voilà le législateur du divorce qui a espéré dans notre inconstance, et abusé du secret de nos penchants. Sa triste et cruelle prévoyance est venue avertir le cœur de ses dégoûts, et les passions de leur empire. Comme ces esclaves qui se mêlaient au triomphe des conquérants, pour les faire souvenir qu'ils étaient hommes, il vient, mais dans des vues bien différentes, crier à la vertu, aux jours de ses joies les plus saintes, qu'elle est faible et changeante, non pour la fortifier, mais pour la corrompre; non pour lui promettre son appui, mais pour lui offrir ses criminelles complaisances. Au moment que les époux se jurent une éternelle fidélité, que la religion consacre leurs serments, que des familles attendries y applaudissent, une loi fatale verso en secret son poison dans la coupe de l'union, et cache l'aspic sous les fleurs. Elle fait retentir aux oreilles des époux les mois de séparation et de divorce, et laisse dans le cœur, comme un trait mortel, le doute de sa propre constance, et la possibilité d'un essai plus heureux.

» Et cependant une mère avait conduit à l autel une fille chérie; enivrée des joies maternelles; elle étendait dans l'avenir les douces espérances de la tendresse, et voyait dans l'objet de ses affections une femme heureuse et une épouse honorée. L'infortunée ne prévoyait pas qu'un jour sa fille, renvoyée, sans honneur, de la maison de son époux, et fuyant devant une or<rueillcuse rivale, viendrait arroser le seuil paternel des larmes du désespoir, et reprocher à ses parents le choix d'un perfide; ou que, peut-être, devenue elle-même coupable par la séduction de la loi, elle chercherait dans la honte un abri contre le malheur, et n'échapperait à l'opprobre que par l'impudence.

» On parle de population que le divorce favorise, et l'on ignore que si Tunion des sexes peuple un pays inhabité, la seule société des époux maintient et accroît la population chez

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