‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 186 sur 202 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

une nation formée, et que le divorce, là où le législateur a l'imprudence d'en introduire ou d'en conserver la faculté, lue plus de familles qu'il ne fait naître d'enfants. Les peuplades sauvages, où tous les individus se marient, sont faibles et misérables; et chez les peuples civilisés, où les besoins de la société condamnent au célibat une grande partie de la nation, l'État est populeux et ûorissant. On plaint les époux que la simple séparation condamne à une austère viduité; mais est-ce aux législateurs à soigner les plaisirs de l'individu aux dépens de la société? Pense-ton, avec la faculté du divorce, remédier à tous les désordres de l'incontinence? et ne sait-on pas qu'une chasteté absolue est moins pénible à l'homme qu'une tempérance sévère?

« Le divorce pour infidélité, dit M"'' Necker, est une flétrissure pour le coupable, et un malheur pour l'offensé; mais . il ne peut pas être plus permis au parjure de former de » nouveaux liens, qu'à un homme mis hors de la loi de ren- ,; trer dans le pays où il a été condamné : et quant à l'époux ;) ou l'épouse outragés, le sort est tombé sur eux pour donner » un grand exemple de délicatesse. Ils pleureront dans le dé- >, sert comme la fille de Jephté; mais ils vivront solitaires M comme elle, par respect pour des vœux prononcés en pré- ); sence du ciel. Beaucoup de gens se sont destinés au céli- )) bat, qui n'ont pas eu des motifs si purs et si respecta-

» blés. »

), Vous reprochez à la loi de l'indissolubilité sa perfection, et il n'est question que de notre perfectibilité; vous taxez cette loi d'impraticable, et elle est presque partout pratiquée, au inoins de fait : car là même où le divorce est permis, il est toujours plus rare que le mariage non dissous. Mais voyez aussi les sophistes, qui accusent de sévérité la loi qui punit de mort l'homicide. Èlrange inconséquence! les déistes trouvent Ihomme trop vil pour que l'Être suprême daigne s'abaisser jusqu'à lui; J. J. Rousseau trouve l'homme trop borné pour lu'on puisse, avant lâge de quinze ans, lui apprendre qu'il a

une âme; les législateurs modernes trouvent l'hoDirae trop impariait pour qu'ils puissent lui donner des lois fortes : et cependant ils font de Thomme, ils font du peuple, le législateur infaillible, le souverain universel; et de tant d'imperfections dans les éléments, ils composent la perfection même dans l'ensemble. La loi de l'indissolubilité trop parfaite! Eh quoi! le législateur des chrétiens, au milieu de toutes les voluptés païennes et de toutes les grossièretés judaïques, a dit aux hommes : Soyez parfaits; et aussitôt ils ont rejeté de la société toutes ces lois imparfaites ou corrompues de leur enfance; l'esclavage, la polygamie, les spectacles atroces et licencieux, la divination, le sacrifice des victimes humaines, l'immolation des animaux, etc., etc. Encore aujourd'hui, des hommes, se disant envoyés par lui, plantent une croix de bois dans le désert, et, ministres de cette autorité nouvelle, ils changent en un jour les usages des temps anciens, commandent à l'homme nu de se vêtir, à Ihomme errant de se fixer, à l'homme chasseur de cultiver la terre, au polygame de s'unir à son semblable dun lien indissoluble, à l'idolâtre d'adorer un seul Dieu, créateur et conservateur : et ils sont obéis; et la politesse coui menée avec le christianisme; et les douceurs de la vie, en même temps que les devoirs de la société; et la culture des arts utiles, en même temps que le culte de Dieu; et telle est la force de cette doctrine sévère, d'autant plus naturelle à la raison de l'homme, qu'elle est plus opposée à ses penchants, que des milliers de chrétiens, dont l'esprit était aussi juste que le cœur était droit, ont souiïért pour re-ter fidèles à ses croyances, selon vous incroyables, à ces pratiques que vous taxez d'impraticables, des maux et des tourments que le philosophe n'endurerait pas pour soutenir sa facile doctrine, et conserver ses mœurs licencieuses. Et vous, législateurs, après que l'homme sorti de la faiblesse et de l'enfance, a atteint, a l'aide du christianisme, la mesure de Vâge viril, et la plénitude de la perfection sociale, virum perfectum in mensuram œtalis plenitudinis Christi^ vous voulez le faire redescendre aux pué-

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