CHAPITRE XII
îilités du premier âge, et remotlre au lail de irenfance des hommes accoutumés à ralimcnt substantiel de la religion chrélienne. « Vainc et fausse philosophie, s'écrie saint Paul, qui
veut ramener le monde aux éléments de son enfance, et le
faire déchoir de la dignité du christianisme! » Videie ne <ji(is LOS decipiat per philosophiani, et inanem fallaciam, secundam elementa mundi et non secundum Chrislum.
» Le monde verra donc ce qu'il n'avait pas encore vu : dis législateurs proposer des lois faibles à un peuple accoutumé à des lois fortes, et qui les réclame comme sa propriété; il verra des sages, moins sages que le vulgaire, le forum plus grave que le sénat, et le théâtre plus austère que le Portique. Car le peuphfrançais, même dans les classes les plus obscures, repousse avec horreur la faculté du divorce, dont son bon sens, que n'ont point altéré les doctrines philosophiques, lui fait apercevoir l'injustice et le danger.
(( Législateurs, vous dit-il, pourquoi les hommes seraient- » ils aujourd'hui au-dessous de la perfection dans les lois, » puisqu'ils la connaissent mieux que jamais, et qu'ils en ont » fait si longtemps la règle de leur conduite? S'est-il opéré » quelque changement dans la nature humaine? Le Français » est-il moins éclairé, après un siècle de lumières, ou moins » fort, après les jours de ses conquêtes? Vous voulez nous » rendre meilleurs, et vous commencez par nous permettre )j d'être mauvais; vous nous tracez des règles, et elles sont » moins droites que nos penchants. Que voulez-vous que nous » fassions d'un appui qui ne saurait nous soutenir? Vous nous » dites que vous avez consulté nos mœurs, et vous n'avez pris » conseil que de nos passions; vous avez fait des lois pour la » volupté et pour l'inconstance; vous avez obscurci l'œil, qui y) doit éclairer le reste du corps, et faussé la règle, pour rendre » impossible le redressement. »
» Les rédacteurs du projet otit vu, disent-ils, l'action du temps et la marche des événements, et ils n'ont vu que l'action do l'homme et la marche de ses passions. L'homme détériore,
mais le temps perfectionne, parce que le temps découvre la vérité; et au lieu d'enchaîner l'action du temps, comme ils l'ont dit, il faut aider l'action du temps et enchaîner celle de l'homme. Ils ont vu quelques hommes pratiquer le divorce, et ils n'ont pas vu la société qui le repousse des nations même oii il est depuis longtemps en usage, et qui, travaillées intérieurement de ce principe de mort, ne retrouveront la paix qu'en revenant à Tordre qu elles ont abandonné. Car, vous dit votre oracle, si le législateur, se trompant dans son objet, établit un principe différent de celui qui naît de la nature des choses, l'État ne cessera d'être agité, jusqu'à ce quil soit détruit ou changé, et que Vinvincible nature ait repris son empire, (Contrat social.)
» Profitons de cette sage leçon; osons penser comme des êtres raisonnables, et dire comme des hommes libres : que l'État n'a de pouvoir sur la famille que pour en affermir les liens, et non pour les dissoudre; et que si l'État détruit la famille,, la famille, à son tour, se venge et mine sourdement l'État. Hélas! nous ne disputons pas au gouvernement le pouvoir terrible, mais nécessaire, d'anéantir nos familles, en sacrifiant à sa défense ceux que la nature destinait à les perpétuer, et que nous avions élevés dans une autre espérance; mais nous lui disputons le droit de les corrompre, en y détruisant l'autorité dans le mari, la subordination dans la femme, la dépendance dans l'enfant, et en ne nous laissant pas, contre la dépravation publique, l'asile des vertus domestiques; et, puisqu'il faut le dire, on n'a que trop entretenu les peuples du devoir qu'ils ont de réclamer leurs droits, et on ne leur a jamais parlé peut-être du devoir qu'ils ont de défendre leurs vertus.
» Législateurs, vous avez vu le divorce produire la démagogie, et la déconstitution de la famille précéder celle de l'Etal. Que cette expérience ne soit perdue ni pour votre instruction ni pour notre bonheur. La famille demande des mœurs, et l'État demande des lois. Renforcez le pouvoir domestique, élément naturel du pouvoir public, et consacrez l'entière dé-