‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 21 sur 202 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

par Jésus-Christ, et que l'usage en est salutaire; mais quil doit être retenu avec modération, de peur que la discipline ecclésiastique ne soit énervée par une excessive facilité. Le principe est certain, puisqu'il est un rapport nécessaire dérivé de la nature des êtres en société, une loi; mais il est contre la nature des Indulgences d'être matière de trafic, et ce fut l'abus qui produisit de grands désordres.

Le chef de l'Eglise, en accordant des Indulgences, exerça donc le pouvoir général de la société religieuse; mais Léon X ou ses commissaires, en les baillant à ferme, exercèrent un pouvoir particulier; et dès qu'il s'élève un pouvoir particulier dans une société, le pouvoir général est anéanti.

Une querelle d'intérêt entre des Ordres religieux, relative à la prédication des Indulgences, fut la première étincelle de ce grand embrasement. Il trouva des matériaux préparés dans quelques événements antérieurs, religieux et politiques, et une disposition prochaine dans la constitution des États d'Allemagne. Je n'ai pas laissé passer une seule occasion de faire remarquer l'étroite liaison qu'il y a entre les principes religieux et les principes politiques ; et lorsque j'aurai pu donner à cette proposition tous les développements dont elle est susceptible, on sera moins étonné qu'une société sans constitution politique àoi pouvoir général laissât altérer la constitution religieuse de l'unité de Dieu. Montesquieu, qui explique presque toujours de grands événements par de petites causes, dit que les peuples du Nord embrassèrent la religion Réformée, (( parce que les peuples du Nord ont et auront toujours un » esprit d'indépendance et de liberté que n'ont pas les peuples » du 3Iidi; et qu'une religion qui n'a point de chef visible, » convient mieux à l'indépendance du climat, que celle qui » en a un. »

Il serait difficile d'entasser plus d'erreurs dans moins de mots.

1° Puisqu'il s'agit de religion, il ne peut être question ici que de liberté religieuse; et il est prouvé que les dogmes de la

religion Réformée rexcluent absolument. Celle vérilé sera mise dans le plus grand jour.

2" Il est faux qu'il y ait dans le Nord un esprit d'indépendance et de liberté: il y a au contraire un esprit d'obéissance et de servilité, qui se manifeste par les institutions politiques, par les manières, par la langue même. Assurément il y a plus d'esprit d'indépendance dans un Espagnol ou dans un Français que dans un Allemand ou dans un Russe; on peut même dire que les peuples catholiques du Nord, comme le Polonais ou le Hongrois, ont montré en général plus de goût pour l'indépendance que les autres peuples. Il en est de l'esprit d'indépendance des peuples du Nord, comme de la fierté républicaine que des écrivains philosophes, au grand étonnement du voyageur impartial, remarquent dans les citoyens des États populaires, comme le Hollandais, le Suisse et le Genevois.

3" L'indépendance du climat est un mot vide de sens; et il est prouvé que la liberté politique ou religieuse de l'homme est dans les institutions politiques ou religieuses auxquelles il est soumis, et non dans les climats qu'il habite.

4** Que fait à l'indépendance d'un peuple ou d'un climat, que les ministres de la religion aient un chef visible ou qu'ils n'en aient pas? L'Anglais, dont la religion a un chef visible, se croit-il moins indépendant que les Suédois ou le Hollandais? Le citoyen du canton catholique de Zug ou de Soleurc se croit-il moins libre que ses voisins de Rerne ou de Zurich, parce que les ministres de sa religion ont un chef à deux cents lieues de lui? Et les ministres de la religion Réformée sont-ils donc invisibles, sont-ils de pures intelligences? Je reviens à la querelle qui produisit la réforme.

Luther, homme d'un caractère fougueux, monte en chaire, et prend la plume, pour défendre les prétentions de son Ordre. Il tonne contre l'abus des Indulgences, et bientôt il en attaque le principe. Il déclame contre les commissaires du Pape; bientôt il invective contre le Pape lui-même. Il s'élève contre la cour de Rome, et bientôt il se sépare de l'Église. Telle est

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