RÉFORME DE LA RELIGION EN ANGLETERRE, EN SUISSE ET EN FRANCE
Un moine fougueux et sensuel avait réformé la religion en Allemagne; un prince impudique et cruel la réforma en Angleterre. Dans cette île célèbre, la réforme eut les mêmes causes, et le réformateur employa les mêmes moyens, l'intérêt, la volupté et la terreur. Henri VIII dépouilla l'Église
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de ses biens; il (loiina l'exemple des mœurs les plus corrompues; il lit couler le sang sur les écbafauds. Ses divorces multipliés furent une véritable polygamie : il eut six femmes; il en répudia deux, et en fit périr deux du dernier supplice. « Il n'y a point eu d'exemple en Angleterre, dit le président » Hénault, d'un despotisme si outré, ni d'un abandon si lâche » des Parlements, tant sur le spirituel que sur le temporel, » aux bizarreries d'un prince, qui, à force d'autorité, ne » savait plus que faire de sa volonté, et parcourait tous les » contraires. 3Iais on lui passait tout en faveur de sa haine » pour le saint-siège \ »
La réforme était alors à la mode; il n'était pas de théologien qui ne voulut faire une constitution religieuse, comme il n'y a pas aujourd'hui d'homme de lettres qui ne veuille faire une constitution politique. Mais si Luther avait assez réformé, pourquoi réformait-on dune autre manière? et si sa réforme n'était pas suffisante, pourquoi y a-t-il des peuples entiers qui s'en contentent? Luther avait réformé la religion en Allemagne, Zwingle en Suisse, Henri VIII en Angleterre; il était réservé à la France de produire le second patriarche de la réforme. Ce fut Calvin, homme entier et atrabilaire, qui n'était que subtil, et qui se crut profond; qui voulut être politique, et qui ne fut pas même théologien. Celui-ci s'écarta encore plus de la constitution religieuse. Luther, et même Henri YHI, avaient conservé, au moins momentanément, la présence extérieure et réelle du Pouvoir conservateur de la religion publique; Zwingle et Calvin l'anéantirent.
Le sacrifice perpétuel fut aboli : or, le sacrifice, ou le don
' Ni Luther ni Henri VIII n'auraient fait fortune en France; Luther l'eiit révoltée par son intempérance, par l'emporlenienr de ses discours et les contradictions de SCS écrits; Henri VIII par le despotisme de ses volontés et la barbarie de ses exécutions. Calvin, bel esprit, écrivain élégant, raisonneur méthodique, railleur amer, réformateur décent, s'y ût des partisans. Il y a, ce semble, quelque chose de Luther dans J.-J. Rousseau et de Calvin dans Voltaire : aussi les écrits de celui-ci ont-ils fait plus de mal en France^ et les paradoxes de l'autre en Allemagne.