LIVRE V
monarque n'en a et ne peut en avoir aucune, du moins humaine et extérieure, au-dessus de la sienne.
Le choix du souverain Pontife ne pouvait pas être indifférent au powtoir conservateur de la société politique, qui ne peut remplir son objet et assurer la conservation de la société politique que par la perpétuité de la société religieuse. Ce choix intéressait donc le pouvoir politique, lorsqu'il n'y avait qu'une société politique chrétienne.
Mais lorsque, après Charlemagne; l'Europe chrétienne se divisa en plusieurs royaumes indépendants les uns des autres, le choix du chef de l'Église n'intéressait plus uniquement le pouvoir d'une seule société, et le père commun des chrétiens dut être, même extérieurement, indépendant de toute autorité séculière.
Écoutons le plus sage de nos historiens, et apprenons à distinguer la vérité de la fausse sagesse, a L'Église, reçue dans l'État
gués dans la Déclaration du Clergé de France de 1682. Voyez le xxii* Discours de Fleury sur l'histoire Ecclésiastique*.
* Les catholiques ne reconnaissent pas de concile œcuménique sans le Pape. Là où la pierre fondamentale manque, l'édifice croule. « Bossuet, dit M. de » Bonald, voulut poser dans les quatres articles, les limites qui en France » séparaient les deux pouvoirs spirituel et temporel. Mais j'ose dire, avec le » respect dû à ce grand homme, qu'il manquait à ses vastes connaissances, » ce que les plus vastes connaissances ne remplacent pas : l'expérience la plus » hardie en projet, la plus habile en exécution, la plus désastreuse en résultat » qui ait jamais été faite sur un peuple chrétien... Si Bossuet eût pu prévoir » cette révolution, dont le profond révolutionnaire Mirabeau donna Vargu- » ment dans ce peu de mots : qu'il fallait décathoUciser la France pour la » démonarchiser, et la démonarchiser pour la décathoUciser ; ie ne crains pas » de dire que les idées sur le pouvoir social, c'est-à-dire, sur l'accord du pou- » voir universel du chef de l'Eglise catholique, avec le pouvoir local du chef » d'un état particulier, auraient pris une direction moins locale et moins » tranchante. » {Réflexions sur le Mémoire à consulter de M. le comte de Montlosier, g m, page 29.)
L'auteur ajoute que M. Emery a répandu une grande lumière sur ce qui suivit la Déclaration de 1G82, dans les youveaux Opuscules de l'abbé Fleury, qu'il a publiés. C'est dans ces Opuscules qu'il faut lire le Discours cité plus haut. M. Emery, possesseur du manuscrit autographe, a rétabli les passages supprimés, mutilés ou altérés par les précédents éditeurs, et en a fait disparaître les interpolations dont ils l'avaient farci, {yote de l'éditeur.)
10 TUÉORIE DU POUVOIR.
h SOUS Constantin, dit le président Hénault, y avait apporté » son culte qu'elle ne tenait que de Dieu seul, mais qu'elle ne » pouvait exercer publiquement que par la permission de » l'Empereur; c'était lui qui assemblait les conciles : et quand » la religion fut encore plus répandue, les souverains, chacun » dans leurs États, exercèrent, dans les choses ecclésiastiques, )) la même autorité que l'empereur... L'assemblée des conciles » généraux intéressait trop l'autorité des princes séculier^i, » pour qu'il n'y eût point entre eux, par la suite des temps, de » jalousie au sujet de la convocation. Il fallait, pour les accor- » der, un lien commun formé par la religion, qui tînt à tous et » qui ne dépendit de personne. C'est ce qui rendit les papes, en » qualité de pères communs des fidèles, maîtres de cette con- » vocation, 7nais avec le concours juste et nécessaire des souve- » rains... Je ne dois pas omettre ici une réflexion, continue » l'auteur : c'est que, bien loin d'être de l'avis de ceux qui » ont déclamé contre la grandeur de la cour de Rome, et qui » voudraient ramener les papes au temps où les chefs de l'Eglise » étaient réduits à la seule puissance spirituelle, et à la seule » autorité des clefs, je pense qu'il était nécessaire pour le repos » général de la chrétienté, que le saint-siége acquît une puis- » sance temporelle. Tout doit changer en même t^mps dans le )) monde, si l'on veut que la même harmonie et It même ordre y )) subsistent. Le Pape n'est plus, comme dans les commencew ments, un sujet de l'Empereur. Depuis que l'Église s'est ré- » pandue dans tout l'univers, il a à répondre à tous ceux qui » y commandent, et par conséquent aucun ne doit lui com- )) mander. La religion ne suffit pas pour imposer à tant de » souverains, et Dieu a justement permis que le père com- )> mun des fidèles entretînt, par son indépendance, le respect ); qui lui est dû. Ainsi donc il est bon que le Pape ait la pro- » priété d'une puissance temporelle, en même temps qu'il a » l'exercice de la spirituelle; mais pourvu qu'il ne possède la » première que chez lui, et qu'il n'exerce l'autre qu'avec les » limites qui lui sont prescrites. »