‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 36 sur 202 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

blique conservatrice de la société religieuse et de la société politique; les pouvoirs politiques se constitueront, c'est-à-dire, que les monarchies s'établiront sur les ruines de l'aristocratie, et par conséquent le pouvoir religieux se constituera sur les ruines de la Réforme; parce que la société religieuse, comme la société politique, tend nécessairement, infailliblement, à se constituer, et que la constitution est dans la nature de la société, parce que la société elle-même est dans la nature de l'homme. On peut même prévoir que la chute de la Réforme, en Allemagne, sera accélérée par la Réforme elle-même, et le résultat nécessaire des vues politiques des chefs du corps évangélique qui ne peuvent constituer leur gouvernement sans détruire leur religion. Je livre ces réflexions aux méditations les plus profondes du lecteur instruit; il les rapprochera des événements présents et de ceux qui peuvent en être la suite, des atteintes portées récemment à la constitution Germanique, et des effets qu elles peuvent avoir.

La réforme de Calvin, qui abolissait tout pouvoir général, toute autorité unique dans la société religieuse, tendit nécessairement à établir la démocratie dans les sociétés constituées où elle pénétra, en y abolissant tout pouvoir général et eu y déchaînant tous les pouvoirs particuliers. Ce changement fut projeté en France que les Réformés voulaient diviser en républiques fédéï^atives sous le nom de cercles, subdivisés en cantons '; il réussit à Genève, dont on se proposait de faire le

' Ce projet fut arrêté à l'assemblée des Calvinistes, tenue à Privas en Vivarais en 1621. Il a reparu, dans la révolution, sous le nom de fédéralisme . Plusieurs ministres Réformés, membres des différentes assemblées qui ont opprimé la France, et Rabaut-Saint-Etienne, entre autres, en étaient les zélés promoteurs. La division de la France en départements devait conduire à la diviser en républiques fédératives, dont chacune eût été composée d'un nombre égal de départements. Mais l'ambition atroce et ferme de Robespierre a souillé sur ces rêves politiques de beaux esprits et de pédans. Je ne crois pas que le projet en soit abandonné; il a toujours été la chimère du parti religiounaire, et peut-être le vœu secret des ennemis de la France. (Voyez Hénault, à /'ann^e 1621.)

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