II
moule de ces républiques. II réussit dans les Provinces-Unies; et sans doute il eût réussi en Angleterre, sans l'opposition qu'il éprouva de la part de la religion Anglicane, qui, plus constituée, puisqu'elle ne rejetait pas formellement le dogme de la présence réelle du pouvoir général de la société religieuse, et qu'elle conservait dans l'ordre épiscopal une sorte de force publique, quoique dépendante du pouvoir politique, lui opposa sa force de résistance. La société religieuse défendit en même temps la société politique, en sorte que le roi seul succomba, et la rovauté fut sauvée. Point d'évêques, point de roi, disait Jacques P'; ce qui était dire, en d'autres termes : Point de constitution religieuse, point de constitution politique.
Il se présente ici une réflexion importante : on a vu, dans la première partie de cet ouvrage, l'affinité qu'il y avait entre la démocratie et le despotisme. Or le despotisme n'est proprement que l'autorité militaire la plus absolue. La démocratie s'alliera donc naturellement à l'autorité militaire. Écoutez 3Iontesquieu : « Une règle assez générale est que le gouverne- » ment militaire (il parle du despotisme des empereurs Ro- » mains) est, à certains égards, plus républicain que monar- » chique. » 3Iais si le calvinisme appelle la démocratie, si la démocratie s'allie naturellement au despotisme ou à l'autorité militaire, le calvinisme s'alliera donc à l'autorité militaire absolue. La preuve en est sous nos yeux. Les États monarchiques dEurope où le calvinisme est dominant, soit parce qu'il est la religion du prince, soit parce qu'il est celle de l'État ou du plus grand nombre de ses membres, sont les États de la maison de Brandebourg et ceux de la maison de Hesse. Or le gouvernement, dans ces deux États, est plus militaire que dans tous les autres États de l'empire Germanique, ou même de lEurope chrétienne; il aurait même une forte tendance au gouvernement militaire le plus absolu, si l'autorité du chef n'y était tempérée par les vertus du prince. L'histoire donne des preuves bien plus décisives de la tendance du calvinisme à sallier au gouvernement despotique : en Angle-