‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 38 sur 202 · LIVRE Vî · texte numérisé non relu

LIVRE Vî

terre, le calvinisme a abouti au despotisme de Cromwel; en France, il a fini par la tyrannie de Robespierre.

Si le calvinisme tend à établir la démocratie, si la démocratie tend à appeler le calvinisme, un état calviniste et démocratique tout à la fois sera donc parfaitement tranquille, puisqu'il y aura un rapport parfait entre son gouvernement religieux et son gouvernement politique : on se tromperait de le croire. J'en appelle aux faits. Il n'y a qu'un seul État en Europe, celui de Genève, où le pur calvinisme se trouve réuni à la démocratie aussi pure qu'elle puisse exister; et cependant l'exiguité du territoire, le petit nombre des sujets, les habitudes des citoyens, l'avantage de la position, la garantie de trois puissances n'ont pu y maintenir quinze ans de suite un état supportable de tranquillité : et Rousseau appelle Calvin un profond politique! Je dis plus : Dieu lui-même ne pourrait, sans un miracle toujours subsistant, maintenir la paix dans une société sans pouvoir religieux et sans pouvoir politique, et dans laquelle il n'existe aucun frein, ni pour les volontés dépravées, ni pour les actes extérieurs de ces mêmes volontés.

J'ai dit que Genève était le seul état Calviniste et démocratique à la fois. En effet, toutes les autres démocraties de l'Europe sont catholiques, ou toutes les aristocraties sont Réformées. El remarquez la différence même politique des deux religions. Les républiques Catholiques, Italiennes ou Suisses, sont plus tranquilles que les républiques Réformées de la Suisse ou des Provinces-Unies. La religion catholique se prête à la démocratie de Zug, comme à l'aristocratie bourgeoise de Lucerne, comme à Taristocratie patricienne de Venise, comme à l'aristocratie royale de Pologne, comme à la monarchie Autrichienne ou Espagnole. Il est même vrai de dire que la religion catholique convient bien mieux qu'une autre à un gouvernement démocratique. « Moins la religion sera réprimante, )) dit Montesquieu, plus les lois civiles doivent réprimer. » Donc, moins les lois civiles ou le gouvernement sera réprimant, plus la religion doit l'être. Le calvinisme, inquiet et

turbulent en Hollande, à Zurich, à Genève, comme en AngU terre, comme en France, ne peut donc s'accorder avec aucu gouvernement, moins encore avec celui auquel il ressembl par la conformité de ses principes : et si la société civile, cell qui assure le mieux la conservation de l'homme moral et celli de l'homme physique, se compose de la société religieuse coni slituée et de la société politique constituée, l'espèce de sociét' qui résultera de la réunion d'une société religieuse non constii tuée, et d'une société politique non constituée, ne pourra coni server ni Ihomme moral, ni Thomme physique; elle offrira, < j'ose le dire, le maximum, le nec plus ullrà de la désorganisai) tion religieuse et politique, de la destruction physique et mo| raie des êtres qui composent la société. La France Calviniste e! démocratique en a offert la preuve. i

Quoique le calvinisme ne puisse pas sympathiser avec la dél) mocratie, il ne tend pas moins sans cesse à l'établir. Il n'es' personne qui ne remarque dans la secte Calviniste un penchant décidé pour la révolution Française, et des dispositions nor» équivoques à en favoriser les progrès \ Cette disposition n'es' pas un mystère, et elle n'a pas échappé aux chefs des gouvei' nements même réformés.

' Une observation importante, et qui prouve que la noblesse est essentiellp raent force conservatrice de la société politique, est qu'en général le peu d noblesse Réformée qui existait en France, a montré le même zèle que la ne blesse catholique à défendre la constitution monarchique, et a embrassé ave' le même courage les privations et les dangers attachés à la plus belle de causes. On peu dire que la révolution de France a été un piège tendu à la R^n forme, et auquel elle s'est laissée prendre. Aussi la Réforme survivra peu à il révolution Française; et il n'est dans ce parti aucun homme éclairé et vertueuj qui n'ait aperçu le danger dont menace la société civile une secte qui ôte II présence de Dieu à la société des hommes extérieurs, et qui, ne fondant pas il croyance de son existence sur le sentiment ou l'amour, puisqu'elle ne lui dti cerne pas de culte, n'en fait qu'une opinion, un système, comme la physiqu en fait un des tourbillons et de la matière subtile. Il ne faut pas croire que le Calvinistes aient un culte, parce qu'ils se réunissent pour chanter, ou pou écouter un discoureur; c'est là un concert spirituel, un exercice oratoire, mai ce n'est pas un culte. C'est, tant bien que mal, de la musique et de l'éloquenci mais ce n'est pas une religion, et des sons ne sont pas des actes.

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