LIVRE VI. G
Si chaque religion tend à établir le gouvernement qui lui est analogue, ou le gouvernement à introduire la religion qui lui convient, la religion catholique ou constituée tend donc à établir le gouvernement monarchique, et le gouvernement monarchique à établir la religion catholique. Cette observation, raie en général, ne pourrait recevoir son application que dans les sociétés puissantes, et qui ont en elles-mêmes le principe de leur existence, seules sociétés qui en méritent le nom. Si le catholicisme tend à établir la monarchie, la monarchie à son tour tend à introduire la religion catholique, où à s'en rapprocher. Ainsi, la Réforme est épiscopale en Suède, en Angleterre et en Danemarck, où même elle a retenu plusieurs pratiques du culte catholique, et jusqu'à la confession auriculaire. 3n peut remarquer dans les États du roi de Prusse la secrète endance qui entraîne la monarchie vers le catholicisme, dans ;ia protection déclarée que ce prince accorde aux catholiques les terres de sa domination, protection dont le motif se trouve out à la fois dans l'humanité éclairée de son caractère et dans es principes constitutifs de son État ^ Dans les États monarhiques où le calvinisme est dominant et très-répandu, il y a onc une opposition secrète entre la religion Réformée, et le gouvernement monarchique; et cette opposition n'existerait pas noins, lors même que tous les Calvinistes seraient des sujets ^'idèles, attachés à leur prince et à leur constitution; parce qu'elle tient à la nature des choses, et qu'elle a sa racine dans le es principes opposés des deux sociétés religieuse et politique. ^]( Si le roi veut détruire la monarchie, disait Strozzi à Coligny, il n'a pas de meilleur moyen que de changer de religion. » Cette opposition entretient dans l'État une agitation
p ' S'il fallait en croire une assertion contenue dans un ouvrage d'un homme Ifiimeux par nos malheurs, mort à la fleur de son âge de la main du parti au- )Oiael il s'était vendu, et qu'il commençait à connaître et à démasquer (Mirait eau), le catholicisme aurait, dans les pays Réformés, des partisans à qui leur ce ing et leurs fonctions ne perraetlent pas de se déclarer, et l'auteur va jusqu'à 3 nommer quelques-uns.
intestine, qui doit durer jusqu'à ce que la religion soit const tuée comme le gouvernement; car, si le gouvernement î déconstituait comme la religion, j'ai prouvé que le désordi irait toujours croissant, et que la tyrannie, comme en Angle terre et en France, s'élèverait infailliblement sur les ruines c la royauté.
Il n'y a point d'État où cette agitation, produite par conflit des principes opposés des deux sociétés politique religieuse, se soit manifestée par des signes plus marqués, des effets plus semblables et plus funestes qu'en Angleterre en France; ce serait un parallèle bien intéressant que celui ( leurs révolutions. En Angleterre, il y en a eu deux : celle q a renversé la religion sous Henri VIII, Edouard VI et Élis beth, et celle qui, sous Charles V% a renversé la royauté, n'est pas douteux que la révolution religieuse n'eût été imm( diatement suivie, en Angleterre, de la révolution politique, l'Angleterre, en abandonnant la religion catholique, ne se f arrêtée à une religion mixte, qui tient encore quelque cho de la catholique par ses dogmes, et beaucoup plus par sa hi rarchie et par ses rites extérieurs. En France, il n'y a ( qu'une révolution, qui a renversé à la fois la religion et royauté; elle a été plus violente, parce qu il lui a fallu ui double intensité pour opérer ce double effet. Elle a eu d conséquences plus générales sur le repos des autres sociétt soit parce que la France est plus liée au système général l'Europe que ne l'était l'Angleterre à l'époque de ses révoli lions, soit parce que la position insulaire de l'Angleterre permet pas aux puissances voisines de prendre la même pa aux troubles qui l'agitent, soit enfin parce qu'aujourd'h l'Europe fait un seul co7^ps, ce qu'elle ne faisait pas alors, cela près, on a vu les mômes scènes, et, sous d'autres masqua on a pu reconnaître les mômes acteurs. L'observateur a ( remarquer un caractère frappant d'identité dans l'art av lequel on a supposé des conspirations^ pour les attribuer parti qu'on voulait perdre, et la facilité avec laquelle on