‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 40 sur 202 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

commis des crimes dont on l'a chargé. Hume lui-même laisse percer à cet égard une opinion peu favorable aux Puritains; et les événements dont nous avons été les témoins, ne l'ont que trop justifiée \

L'Angleterre est toujours le théâtre de cette agitation sourde, produite par l'opposition secrète des principes presbytériens ou puritains et des principes monarchiques, et par leur accord avec les éléments démocratiques qui entrent dans la composition politique de cette société singulière, dans laquelle l'anglicanisme et la monarchie luttent contre le presb^ téranisme et la république. Les wigs et les torys désignent autant des sectes religieuses que des factions politiques. Le philosophe croyait ou disait que la religion n'entrait aujourd'hui pour rien dans le gouvernement intérieur des États, parce qu'elle entre pour bien peu dans la conduite de ceux qui les gouvernent. Le véritable homme d'État sait bien que la religion est le principe caché de tous les événements de la société, parce qu'elle est i'âme de la société. En Angleterre, où les Puritains sont nombreux, on aperçoit des dispositions non équivoques à une réforme dans la représentation parlementaire, qui ne serait autre chose qu'un pas plus ou moins grand vers la démocratie, et qui, sans doute, serait le prétexte de bien d'autres demandes, l'occasion de bien d'autres réformes, et peut-être le premier coup de tocsin d'une révolution. Les Anglicans défendent la constitution monarchique; les catholiques, nécessairement partisans de la monarchie, feront cause commune avec eux; cette réunion politique, à laquelle rien désormais ne pourra faire obstacle, déterminerait sans doute le gouvernement à effacer jusqu'aux dernières traces des lois rigoureuses portées contre les catholiques, s'il ne fallait accorder les mêmes faveurs aux Puritains dont il redoute le fanatisme ^

' Cette ruse n'est pas nouvelle : Mos est Calvinianomm accusare falsà, reosque criminum gravissimorum agere calhoUcos, dit Benoit XIV, en parlant de la condamnation à mort de Marie Stuart, reine d'Ecosse.

2 L'observation en a déjà été faite par Mailetdu Pan, dans le Mercure de France,

68 TIIKORIE Di: POUVOIR.

On dira pcul-elre que le pays de la domination Anglaise le plus agité est l'Irlande où les catholiques sont le plus nombreux. Ces mouvements tiennent, à l'extérieur, à la domination un peu fâcheuse que l'Angleterre, en qualité de république, exerce sur l'Irlande; car on sait qu'une république ne peut gouverner ses États-sujets que despoliquement. Ces troubles ont leur principe secret dans l'expropriation forcée d'un grand nombre de familles faite par Cromwel, cause nécessaire et indestructible d'agitation et d'inquiétude, juste châtiment d'un gouvernement oppresseur. Dans une société politique, une seule famille dépouillée injustement de sa propriété^ est un élément perpétuel de désordre, parce que la famille légitimement propriétaire est l'élément de la société politique constituée. Ces causes de trouble reçoivent en Irlande une nouvelle force du caractère guerrier de la nation et des vices de sa constitution politique; mais ils sont en contradiction formelle avec la religion catholique, qui défend également de chercher les honneurs de la société et de se révolter contre un maître même fâcheux. Ce n'est pas que les sectes Réformées ne prêchent la même morale, mais elles ne donnent à l'homme aucun moyen efficace de la mettre en pratique eu domptant ses passions.

Quil serait à désirer que la réunion religieuse des Anglicans et des catholiques pût opposer un contre-poids suffisant à la secrète tendance du presbyléranisme vers le gouvernement populaire, et que dans les révolutions, que tant de causes peuvent produire en Angleterre, et dont sa constitution sera le principe, bien loin d'en être le remède, le peuple Anglais pût arriver à la constitution naturelle des sociétés, sans traverser les marais fétides et sanglants de la démocratie! Mais cette réunion, que la nature et le temps amèneront, parce que la nature et le temps tra\ aillent sans interruption à constituer la société religieuse comme la société politique, cette réunion ne peut être l'ouvrage des hommes. Les Puritains, profonds dans leurs vues, indifférents sur les moyens, ont, pour la rendre impossible, enivré le peuple de leurs déclamations fou-

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