LIVRE VI
On ne peut nier que, dans la révolution Française, tous les ordres de l'Etat n'aient lémoigné plus de fidélité à leur religion, quoique le poison eût été préparé par des mains plus habiles, et que, dans l'art avec lequel il était présenté, il y eût de quoi induire en erreur, s il eût été possible, jusqu'aux élus. L'ordre épiscopal, attaqué avec tout ce que le raisonnement a de plus captieux, l'intérêt de plus séduisant, et la terreur de plus formidable, n'a compté que quatre apostats; l'ordre inférieur, plus exposé à la séduction de l'intérêt par la médiocrité de sa fortune, à l'influence de la crainte par la nature de ses fonctions qui le rapprochaient de la classe obscure des scélérats, n'a pas montré moins de constance et d'unanimité, et chaque Sixte a eu ses Laurents. L appel nominal au 4 janvier 1791, fera à jamais la gloire du clergé de France et l'honneur de la religion. C'est vraiment ce jour-là que ses ministres furent/brce conservatrice de la société religieuse. Ministres d'une religion de force, parce qu'elle est une religion A'amour, lorsqu'une histoire fidèle fera passer à la postérité le récit des persécutions inouïes dont vous avez été l'objet, et de l'héroïsme
» pas brisé le joug des prêtres, jamais on n'eut brisé celui des tyrans; l'un et » l'autre pesaient ensemble sur nos têtes, et se tenaient si étroitement, que le » premier une fois secoué, le second devait l'être bientôt après. L'esprit hu- » main ne s'arrête pas plus dans son indépendance que dans sa servitude; et » c'est Voltaire qui l'affranchit, en l'accoutumant à juger, sous tous les rap- » ports, ceux qui l'asservissaient. C'est lui qui a rendu la raison populaire; et » si le peuple n'eût pas appris à penser, jamais il ne se serait servi de sa force. » C'est la pensée des sages qui prépare les révolutions politiques; mais c'est » toujours le bras du peuple qui les exécute. Il est vrai que sa force peut en- » suite devenir dangereuse pour lui-même, et après lui avoir appris à en » faire usage, il faut lui enseigner à la soumettre à la loi. Mais ce second ou- » vrage, quoique difficile encore, n'est pourtant pas, à beaucoup près, si long » ni si pénible que le premier, » Ce dernier aveu est précieux; il signifie que quand les sages ont détruit le pouvoir général qui gouvernait les peuples, ils veulent mettre à sa place leur pouvoir particulier, ce qu'ils appellent enseigner au peuple à se soumettre à la loi : à la vérité, ce second ouvrage leur paraît diflBciie, mais ils ne désespèrent pas d'y réussir, et il leur semble plus aisé d'établir leur pouvoir particulier, qu'il ne l'a été de détruire le pouvoir général. On connaît la fin misérable et extraordinaire de Condorcet, qui a fait aussi tout ce que nous voyons, mais qui n'a pu voir tout ce qu'il a fait.
religieux avec lequel vous les avez supportées, votre conduite édifiante et résignée au milieu des nations hospitalières qui vous ont accueillis, leur rendra croyaMes la fureur des bourreaux et la patience des victimes. 3Iais, qu'il me soit permis de vous le dire, à la persécution du glaive a succédé la persécution du sophisme. Nos ennemis communs vous proposent des explications amiables pour vous amollir, et des serments en apparence politiques pour vous diviser; on vous prend par l'intérêt même de la religion, et on vous propose de rester catholiques en consentant à vivre républicains. Étrangers, la plupart, aux méditations politiques, vous jugez peut-être de la France comme de quelques petites sociétés qui conservent la foi catholique avec les institutions démocratiques; ces sociétés sont dépendantes de plus grandes sociétés, et la France même y maintenait l'union forcée de la religion de l'homme social et des 'institutions politiques de l'homme naturel. La France indépendante voudrait en vain faire ce monstrueux alliage : la nature des êtres s'y oppose; il n'en a résulté jusqu'ici, il n'en résultera jamais que l'athéisme et l*anarchie, et vous perdriez la religion par de chimériques projets de la conserver ' !
' Lettre de l'archevêque de Nicée (l'abbé Maory) à M sur le serment de
liberté et d'égalité.
On croit que la république va s'affermir en France au moindre événement politique ou militaire qui contrarie les vœux des vrais Français. Mais qu'on me montre cette république, qui subsiste, dit-on, depuis trois ou six ans. Je ne vois pour maîtres, que des scélérats par bêtise, devenus furieux par désespoir, qui j)e se remplacent à la tribune que pour se succéder à l'échafaud; pour sujets, qu'un peuple imbécile qui ne comprend pas pourquoi le gouvernement éprouve tant de résistance, lorsque lui-même en oppose si peu à tout ce qu'on exige de lui. Affermir la république! mais les puissances qui la reconnaissent, ou plutôt qui la nomment, ne veulent pas l'affermir; mais les puissances qui s'abaisseraient à la garantir, ne pourraient pas l'affermir; mais tous les hommes ensemble, mais Dieu même, sans un miracle toujours subsistant, ne peuvent rien affermir contre la nature des êtres. On cherche à justifier ses craintes par la durée de la république Romaine, seule société qu'on puisse comparer à la France; mais sans parler de la prodigieuse différence d'une société chrétienne à une société idolâtre, la république Française a commencé par où la république Romaine a uni, par l'anarchie; et par la facilité avec la-