DÉGÉNÉRATION DES OPINIONS DE LA RÉFORME
Le principe que chacun est juge du sens de la loi ou des saintes Écritures, ou pour mieux dire, qu'il n'y a dans l'Église nulle autorité extérieure et infaillible, qui ait le droit de fixer le sens de la loi, devait ouvrir la porte à une foule d'interprétations différentes. Il devait arriver dans la société religieuse, ce qui arrive dans les sociétés politiques où l'on s'est écarté de la loi fondamentale du pouvoir général. Il n'y a pas de raison pour que le dixième, le quart ou le tiers des citoyens exercent leur pouvoir particulier, plutôt que la moitié, plutôt que tous; et de là il a résulté différentes combinaisons de républiques. De même, dans la société religieuse où l'on s'écartait du principe de l'autorité infaillible de lÉglise en matière de foi et de discipline, il ne pouvait y avoir déraison pour borner le droit de décider de ce qu'il fallait croire ou pratiquer, à quelques individus plutôt qu'à un plus grand nombre, plutôt qu'à tous : on retendit donc à tous, et de ce principe naquirent et devaient naître en effet une infinité de sectes différentes. Daillé, célèbre ministre Calviniste, convient naïvement, dans l'exorde d'un de ses sermons, que jamais il n'y a eu de nouvelle religion annoncée, qu'aussitôt il ne se soit trouvé plusieurs prophètes qui aient été sur le marché les uns des autres. Hénault cite ce passage, en y ajoutant une réflexion un peu amère sur la Réforme.
Ce serait un tableau intéressant que celui de la dégradation successive des vérités religieuses par les opinions de la Réforme : on pourrait le regarder comme \arbre généalogique de l'athéisme. Ainsi les catholiques croient à la présence réelle de l'homme-Dieu, pendant toute la durée des symboles qui le voi-