LIVRE VI
lent; Luther l'admit au moment de la manducation; Calvin nia qu'il y eût aucune présence réelle de Jésus-Christ ; Socin nia la divinité même du Fils de Dieu, et les philosophes ont nié Dieu lui même.
Les catholiques croient sept sacrements; Melancthon en admet quatre, Luther trois, Calvin deux, les Anahaptistes un, et les philosophes ne veulent pas même de culte.
Les Anglicans avaient conservé des cérémonies; les Puritains proscrivirent jusqu'à l'usage du surplis; et les philosophes ont détruit jusqu'aux temples.
L'athéisme est une conséquence rigoureuse du socinianisme, comme le socinianisme est une application des principes de la Réforme. En effet, dès que chacun était juge de sa foi et interprète du sens de l'Écriture, Socin, l'interprétant à sa guise, nia la divinité de Jésus-Christ : il fut persécuté par les Réformés, qui, en se séparant de l'Église Romaine, s'étaient ôté le droit et les moyens de le combattre. « Le temps, dit l'auteur du )) Dictionnaire des Hérésies, éteint sans cesse le principe du » fanatisme dans les pays réformés : il y a dans les Églises » séparées de l'Église catholique une force qui pousse sour- » dément les esprits vers le socinianisme. Le socinianisme, en » retranchant du christianisme tout ce que la raison ne com- » prend pas, porte les esprits à regarder la raison comme la » seule autorité à laquelle on doive se soumettre. » Or ce principe est évidemment le même que celui de la Réforme qui veut que chacun soit juge du sens de la loi. Il est évidemment le même que celui du philosophe, qui en appelle à la raison de tout ce qu'il ne peut comprendre, et qui, depuis longtemps, lui érigeait dans son cœur des autels, en attendant que la philosophie, disposant à son gré d'une grande société, pût extérieurement lui dédier des temples.
On se doutait, depuis longtemps, en Europe, de celte force secrète, qui pousse les Réformés vers le socinianisme. Les ministres de quelques États Calvinistes en étaient hautement accusés, et le même auteur que je viens de citer pronostique
que la secte réformée des Arminiens absorbera vraisemblablement toutes les autres; et on sait que les Calvinistes accusaient les Arminiens d'être tombés dans les erreurs de Socin. Il n'était pas diflicile de prévoir que le calvinisme se perdrait dans le socinianisme, puisque le calvinisme et le socinianisme partent du même principe et doivent aboutir au même résultat. En effet, Socin, en admettant lexislence de Dieu, et niant la divinité de Jésus-Christ, niait que la Divinité eût jamais été extérieurement présente au corps social : et les Calvinistes, en admettant la divinité de Jésus-Christ et niant sa présence réelle dans le sacrifice perpétuel, nient que la Divinité soit aujourd'hui extérieurement présente dans le corps social. Socin, en niant la divinité de Jésus-Christ, excluait tout culte, c'est-àdire, tout acte de l'amour général et mutuel de Dieu et des hommes; il ne conservait donc pas le sentiment de la Divinité dans le corps social; il tombait donc dans l'athéisme social : et les Calvinistes, en niant la présence réelle de Jésus-Christ dans le corps social, excluent aussi tout culte, c'est-à-dire, tout acte de l'amour général et mutuel de Dieu et des hommes; ils ne conservent donc pas le sentiment de la Divinité dans le corps social; ils doivent donc tomber aussi dans l'athéisme social. Mais si les sociétés Calvinistes n'ont pas le sentiment de la Divinité, elles n'ont donc pas le sentiment de Tintelligence, puisque la Divinité est l'intelligence même; donc elles tombent dans le matérialisme.
Aussi les principes de la révolution Française, qu'on peut regarder comme la constitution de l'athéisme et du matérialisme, ont-ils été accueillis avec plus de faveur dans les pays Calvinistes; et cet effet, qui tient aux principes mêmes de la secte, est absolument indépendant de l'opinion personnelle des individus, parmi lesquels il y en a un grand nombre qui croient à l'existence de Dieu et à l'immortalité de Tàme. 3Iais le calvinisme n'ayant point de pouvoir conservateur, puisqu'il n'a pas d'amour de Dieu, ne peut avoir de force conservatrice, et napeut par conséquent pas se conserver; c'est-à-dire qu'il laisse