CHAPITRE YI
DE LA LIBERTE DE L'HOMME , ET DE L'ACCORD DE SON LIBRE ARBITRE AVEC LA VOLONTÉ DE DIEU.
J'ai dit, dans la première partie de cet ouvrage, qu'il n'existait de liberté pour l'homme de la société politique, que dans la société politique constituée, ou monarchie royale; et je dis qu'il n'existe de liberté pour l'homme de la société religieuse, que dans la société religieuse constituée, ou la religion chrétienne catholique.
Pour mettre dans tout son jour une vérité aussi importante, aussi décisive, aussi nouvelle peut-être, il faut se faire une idée juste de ce qu'on doit entendre par ce mot do liberté.
Je prie le lecteur de remarquer l'accord parfait des principes que je vais développer avec ceux sur lesquels j'ai établi la constitution des sociétés auxquelles l'homme intelligent et physique appartient; et ce qui achèvera, je crois, de porter la conviction dans les esprits, sera la facilité avec laquelle ces mêmes principes se prêteront, je ne dis pas à la solution, mais à l "éclaircissement des questions les plus importantes que la véritable philosophie puisse élever sur l'accord du libre arbitre de l'homme avec la volonté de Dieu.
LIVRP VI. 93
Tout être a une fin, qui est l'objet de sa volonté, s'il est intelligent, de sa tendance, s'il est matériel.
Tout être a le moyen de parvenir à sa fin ; car s'il n'avait pas le moyen de parvenir à sa fin, il n'y parviendrait pas; sa fin ne serait pas sa fin, ce qui est absurde.
Dans l'être purement intelligent, le moyen de la volonté est intelligent; il est la volonté même.
Dans l'être purement matériel, le moyen de la tendance est matériel, il est la force. [Voyez chapitre \^\ partie P".)
Dans l'être à la fois intelligent et matériel, le moyen tient à la fois à l'esprit et au corps, à la volonté et à la force : ce moyen est l'amour, nœud de la volonté et de la force, puisqu'il peut faire servir la force à accomplir la volonté. L'amour est donc pouvoir y lorsqu'il agit par la force ou par les sens \
Dès que l'être a une fin, qui est l'objet de sa volonté, la liberté de cet être consiste à parvenir à sa fin, parce que la liberté d'un être consiste à accomplir sa volonté.
Ainsi, l'on peut dire qu'une pierre est libre, lorsqu'elle obéit à sa force de pesanteur, et qu'elle n'éprouve aucun obstacle qui l'empêche de parvenir au centre de la terre.
Ainsi, un animal est libre, lorsqu'il accomplit, par l'action de ses sens ou sa force, la volonté ou la tendance qu'il a de vivre avec les animaux de son espèce, dans l'indépendance de la société naturelle, ou de la société de production, seule société à laquelle il appartienne.
' J'ai dit que l'amour était le seul sentiment positif de l'homme, et que, dans l'homme libre, il était le nœud de la pensée et de l'action, de l'esprit et du corps. L'homme n'a qu'à descendre en soi-même, pour y trouver la preuve de cette vérité. Si l'homme naturel applique sa pensée à l'objet de son amour, il suivra de cette pensée seule, sans le concours de la volonté, et malgré la volonté même, des effets sur les sens, ou l'homme physique. La crainte sans amour, ou la haine, sentiment négatif, se produit aussi par des effets physiques ou involontaires, tels que la frayeur, l'horreur, etc., effets négatifs, puisqu'ils ôtent souvent à l'homme le libre usage de sa force, et jusqu'à la liberté de sa pensée. Il ne peut y avoir de sentiment sans acte physique; motif de la nécessité du culte.
Ainsi, l'homme est libre, lorsqu'il accomplit sa volonté par son pouvoir, ou ce qui est la même chose, lorsqu'il a le pouvoir d'accomplir sa volonté. Je soumets cette définition au creuset de la logique la plus pointilleuse.
L'homme doué de toutes ses facultés physiques et morales ne [.eut pas être considéré hors de la société; puisque, soit qu'il vive en société naturelle ou en société publique, je veux dire générale, il appartient toujours à la société des esprits et à celle des corps. Ainsi, il ne peut être ici question que de rhomme social, ou membre de la société.
L'homme, membre de la société, ne peut, ne doit avoir d'autre volonté que celle du corps social, ou de la société dont il est membre : donc la volonté de l'homme social, ou de l'homme en société, n'est que la volonté de la société, puisque la volonté générale de la société doit prédominer et détruire toutes les volontés particulières de l'homme.
L'objet de la volonté générale de la société, soit intellectuelle, soit physique, est la production et la conservation des êtres qui la composent; et cette volonté se manifeste par des lois, ou rapports nécessaires dérivés de la nature des êtres.
Donc la volonté de l'homme en société religieuse et physique, est \ai production et la conservation des êtres qui composent l'une et l'autre société, et il manifeste sa volonté par des lois ou rapports nécessaires dérivés de la nature des êtres.
La société des hommes physiques intelligents, ou la société politique, accomplit sa volonté sociale ou générale, par son pouvoir social ou général, qui est le monarque. La société des hommes intelligents physiques, ou la société religieuse, accomplit sa volonté sociale ou générale par son pouvoir social ou jïénéral, qui est l'homme-Dieu, présent dans le sacrifice perpétuel.
Donc l'homme de la société politique accomplit sa volonté par son pouvoir qui est le monarque, et Ihomme de la sotiélé religieuse accomplit sa volonté par son pouvoir qui est l'homme- Dieu.