LIVRE VI
Donc l'homme en société politique est libre dans la société monarchique, et l'homme en société religieuse est libre dans la religion chrétienne.
Donc rhomme en société politique n'est libre que dans la société monarchique ou constituée, et l'homme en société religieuse n'est libre que dans la religion chrétienne ou constituée; parce que ce n'est, comme on l'a vu, que dans la société monarchique et la religion chrétienne, que la volonté sociale se manifeste par des lois ou rapports nécessaires dérivés de la nature des êtres, et qu'elle s'accomplit par un pouvoir social, c'est-à-dire, par l'amour de Dieu ou des hommes dirigeant la force conservatrice.
Donc l'homme politique n'est pas libre * dans les sociétés politiques non constituées, ni l'homme religieux dans les sociétés politiques non constituées; puisque, dans ces sociétés, il n'y a pas de volonté générale de conservation qui s'accomplisse par un pouvoir général conservateur, mais que Thomme y manifeste ses volontés particulières et destructives, par des lois ou rapports non nécessaires, et contraires à la nature des êtres, et qu'il les accomplit par son pouvoir particulier, c'està-dire, par l'amour déréglé de soi, dirigeant la force publique.
Donc l'homme peut être libre comme homme intelligent ou religieux, et libre comme homme physique et politique : donc
» En France, comme dans toute société constituée, la loi appelle un sujet quelconque à occuper le trône, en cas d'extenlion totale des mâles de la maison régnante. Donc il est vrai de dire que, dans la société constituée, la loi permet à tout sujet de prétendre et de parvenir a la royauté. Dans les républiques, mêmes helvétiques, il faut être ce qu'on appelle des familles privilégiées ou de l'Etat pour parvenir aux emplois publics, ou du moins il faut avoir une certaine propriété. On dira qu'en France tout le monde actuellement, sans distinction de prolétaires ou de propriétaires, parvient aux emplois : c'est précisément ce qui fait que la France est un gouvernement anarchique et non un gouvernement républicain. Une république ne peut subsister sans exclure par une loi une grande partie de ses sujets des fondions publiques, ni les en exclure sans les constituer en esclavage politique : donc elle place nécessairement tous ses membres entre l'anarchie et l'esclavage.
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il y a, pour i'homme, une liberté religieuse et une liberté physique. La réunion de ces deux états de liberté constitue la liberté civile : comme la réunion de la société religieuse et de la société plivsique constitue la société civile, comme la réunion de l'homme intelligent et de l'homme physique constitue l'homme social ou civil.
On me demandera, sans doute, si je n'admets pas pour l'homme une liberté naturelle. Gomme je ne considère l'homme qu'en société, je ne puis entendre par liberté naturelle, que celle dont l'homme jouirait dans la société naturelle de production physique, qu'on appelle famille. Or, on a vu, dans la première partie de cet ouvrage, que la famille ou la société de production, ne peut assurer la conservation des êtres; et qu'ainsi Ion ne doit pas considérer la société naturelle hors de la société politique, puisqu'on ne peut pas séparer la production des êtres de leur conservation. Donc l'homme social ne doit jamais être considéré seulement dans la société naturelle ou de production, mais il doit être toujours considéré dans la société politique ou de conservation; donc on ne peut séparer, dans l'homme social, la liberté naturelle de la liberté politique.
Les sauvages et les animaux vivent en société naturelle physique ou de production : ils produisent et ne conservent pas; ils jouissent de l'indéiendance, mais non pas de la liberté, parce que la liberté de se détruire n'est pas une liberté; et l'on peut dire d'eux : Ils sont indépendants, donc ils ne sent pas
libres.
Je vais faire comprendre au lecteur, par une application sensible, qu'on ne peut pas séparer la société de production de la société de conservation, c'est-à-dire, la famille, de la société politique.
Si dans l'union d'un homme et d'une femme pour former une société naturelle, il y a erreur de persoiine, ou défaut de volonté, comme dans le mariage de Jacob et de Lia; s'il y a contrainte extérieure, ou défaut d'amour, la société politique