‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 55 sur 202 · LIVRE VI. \)i · texte numérisé non relu

LIVRE VI. \)i

rompl ces nœuds formés sans volonté et sans amour; parce qu'elle ne considère pas celle société naturelle comme une véritable société, quoique cependant celle société, formée sans volonlé et sans amour, puisse parvenir à sa lin qui est la production de l'homme. La société politique sépare les membres de cette association, comme n'ayant pas été libres dans leur union; puisque leur force, ou l'action de leurs sens, n'était pas dirigée par l'amour vers l'accomplissement de la volonté. Elle les sépare également, lorsqu'il y a impuissance physique ou défaut de force; et on peut en tirer la conclusion immédiate et bien conséquente à mes principes, que la société en général ne peut exister que par la volonté, Yamour et la force d'exister.

Après avoir expliqué en quoi consiste la liberté de l'homme, il peut paraître intéressant d'appliquer ces principes à l'esclavage proprement dit, ou à l'esclavage domestique.

Le principe des actions libres de Ihomme social dans la société naturelle conslitulée, ou la société de production, est l'amour de soi, puisque l'amour de soi est le principe àQ production des êtres.

Le principe des actions de l'homme social dans la société politique constituée, ou la société de conservation, est l'amour des autres, puisque l'amour des autres est le principe de conservation des êtres. ( Voyez r° partie, chap. t\)

Or les actions de l'esclave en société physique, c'est-à-dire, le travail de la propriété, ne sont pas dirigées par l'amour de soi, ni par l'amour des autres, mais par la crainte de sa destruction et par la crainte des autres, c'est-à-dire par la haine de ceux qui peuvent le détruire. Donc les actions physiques de l'esclave ne sont pas des actions libres; donc il n'a pas la liberté physique.

C'est donc avec raison que j'ai dit, dans la première partie de cet ouvrage, que, dans les gouvernements anciens, le peuple se croyait libre, parce qu'il voyait des esclaves; car il est évident que l'esclave domestique ou l'esclave sujet de la famille,

n'est pas autrement esclave que l'esclave politique ou le sujet de la république : puisque celui-ci sera puni physiquement, et même de mort, s'il ose manifester, par des actions extérieures, la volonté d'exercer son pouvoir; comme l'esclave domestique sera puni physiquement, et même de mort, pour s'être révolté contre l'autorité de son maître; et la seule différence qu'il y ait entre eux, est que l'esclave domestique obéit à un pouvoir particulier dans la société naturelle, et que l'esclave politique obéit à plusieurs pouvoirs particuliers dans la société politique : en sorte que le sujet de la république, exclus des emplois par sa naissance ou la médiocrité de sa fortune, accomplit, par sa force, la volonté et \e pouvoir particulier de ses souverains, sans espoir d'exercer jamais le sien; et l'esclave domestique cultive, par sa force, la propriété de son maître, sans espoir de pouvoir jamais la partager.

Ainsi, Ihomme n'est pas esclave, parce que sa volonté est assujétie à la volonté d'un autre homme; car toutes les volontés humaines sont égales, et la volonté générale de la société, ou la volonté de Dieu même, dirige et ne contraint pas la volonté particulière de Ibomme : Ihomme n'est pas esclave, parce que sa force est assujétie à la force d'un autre homme; car la force d'un homme peut détruire, mais non assujétir la force d'un autre homme; et il est impossible à un homme, quelle que soit la supériorité de sa force, d'appliquer la force d'un autre homme à un travail que celui-ci aura la volonté de ne pas faire : mais l'homme est esclave, parce que l'emploi de sa force, ou son action, est dirigée par la crainte, au lieu de l'être par Vamour; or Vamour dirigeant la force constitue \e pouvoir; donc l'homme est esclave parce qu'il a une volonté et une force sans amour, ou parce qu'il n'a pas (\e pouvoir.

Donc l'esclavage ne peut pas exister dans les sociétés dont le principe est l'amour.

Donc l'esclavage existe naturellement dans les sociétés dont le principe est la haine, ou la crainte sans amour.

Ainsi il existait dans les sociétés anciennes religieuses ou

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