‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 56 sur 202 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

ph^'siques non constituées, ou dont la crainte était le principe. Ainsi il a dû cesser en Europe, lorsque le christianisnae et la monarchie, sociétés d'amour, y ont commencé.

Ainsi il existe encore aujourd'hui dans les sociétés religieuses ou physiques non constituées, et dont la crainte est le principe; et on le retrouve également dans la société naturelle non constituée ou la polygamie, et dans les parties de l'univers soumises au mahométisme et à l'idolâtrie.

Ainsi on ne doit pas le retrouver dans les sociétés politiques non constituées qui professent la religion chrétienne.

Donc l'esclavage renaîtrait en Europe, si la monarchie et le christianisme y étaient abolis. Le fait vient à l'appui du raisonnement; et lorsqu'on lit, dans le Code révolutionnaire d'une puissante société dans laquelle le christianisme et la monarchie ont été détruits, la loi qui condamne à mort l'ennemi pris les armes à la main, on n'a qu'à tourner la page pour y trouver la loi qui le condamne à l'esclavage domestique; et l'esclavage n'a pas eu une autre origine dans les sociétés anciennes. Je ne parle pas de l'esclavage domestique ' qui existe dans

' Une fatalité, qui a marqué bien d'autres époques de notre révolution, est que la discussion intermi«able qui a eu lieu en Angleterre dans la chambre des Communes, sur l'abolition de la traite des nègres, a précipité les résolutions de l'Assemblée nationale qui a craint, assurément sans sujet, que le Parlement Britannique ne lui enlevât l'honneur de cette œuvre philantruphique. L'abolition de l'esclavage dans nos colonies a été marquée au coin de cette sauvage et féroce ineptie qui a caractérisé toutes les opérations des usurpateurs dvi pouvoir en France. En donnant l'indépendance aux nègres, ils ont signé l'esclavage et la mort des blancs. La philosophie s'élevait contre le préjugé qui séparait le blanc de l'homme de couleur. C'était un sentiment que la nature même avait placé dans le cœur des blancs pour empêcher le mélange des races, que les passions ne rapprochaient que trop : et il n'est pas inutile de remarquer, qu'en périssant par les hommes de couleur (vrais auteurs des désastres des colonies) les blancs ont péri par leurs enfants. Que les nations à colonies écartent bien loin de l'Europe cette race de noirs, qui, quelle qu'en soit la cause, semblent nés pour obéir, qui n'ont de l'homme policé que les passions, et de l'homme sauvage que la force, et dont la meilleure et presque la seule qualité morale est quelquefois une fidélité, qui semble même tenir plus de l'instinct de l'animal domestique que du sentiment de l'être intelligent.

les colonies européennes d'Amérique; il lient à des causes particulières, et cependant il ajouterait une nouvelle force à mes principes : car les habitants des colonies appartiennent bien plus à la société naturelle ou de production qu'à celle de conservation, soit politique, soit religieuse, puisqu'ils ne reconnaissent pas, au moins parmi eux, de noblesse ou de profession sociale politique, caractère dislinctif de la société politique, et qu'il n'est que trop vrai de dire que la religion y a peu de force; car elle y a très-peu de ministres du second ordre et aucun du premier, au moins dans les colonies Françaises.

Dieu, comme l'homme, est libre en manifestant sa volonté par des lois, qui sont des rapports nécessaires dérivés de la nature des êtres, et en l'accomplissant par son pouvoir, c'est-àdire, par son amour pour pour lui-même ou pour les êtres qu'il a créés; amour qui dirige sa force ou son Verbe dans l'accomplissement de ses volontés : Tout a été fait par lui, et rien ri a été fait sans lui\ Mais Dieu est plus libre que l'honuue, parce qu'il manifeste sa volonté par toutes les lois ou rapports nécessaires qui existent entre tous les êtres, tandis que Thomme ne connaît qu'une partie de ces lois ou de ces rapports; et il est encore plus libre que l'homme, puisqu'il accomplit sa volonté par son pouvoir, qui n'est autre que lui-même; au lieu que l'homme social l'accomplit par un pouvoir étranger à lui, et qui est hors de lui, par le monarque dans la société politique, et par rhomme-Dieu ou Jésus-Christ dans la société religieuse.

On peut déduire d'autres conséquences des principes qui viennent d être établis.

Si l'homme ne peut être libre qu'en accomplissant sa volonté, s'il ne peut l'accomplir qu'en la manifestant, s'il ne peut la manifester que par les lois ou rapports nécessaires dérivés de la nature des êtres, il s'ensuit rigoureusement que l'homme religieux et politique n'est libre qu'en obéissant aux lois ou rap-

' Omnia per ipsum facta sunt, et sine ipso factum est nihil, dit sainl Jean.

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