‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 5)Chapitre 71 sur 202 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

chose dans les sociétés religieuses : la religion catholique affîrfne la présence réelle de l'Honime-Dieu dans le sacrifice, la nécessité de la consécration sacerdotale, l'infaiHihililc de l'É^^lise; les sociétés Réformées nient la présence réelle, la succession spirituelle des ministres du culte, l'autorité de l'Église: or un do^^me négatif csi a portée de tous les esprits; car, comme je l'ai déjà dit, il ne faut pas de raisonnement à qui ne fait que nier, et c'est une des causes de la facilité avec laquelle se propa<'-ent les opinions religieuses.

J'ai dit qu'on remarquait dans le catholique plus d'attachement à sa religion que dans le Réformé, parce que la religion catholique est une religion d'amour, et que la Réforme n'est qu'une religion d'opinion, une philosophie. Montesquieu fait la môme remarque, mais il explique, selon sa coutume, un grand résultat par de petites causes, et même par des causes impossibles : « Une religion, dit-il, chargée de beaucoup de » pratiques attache plus à elle qu'une autre qui l'est moins. » On tient beaucoup aux choses dont on est continuellement » occupé. » Cela peut être vrai, lorsque ces choses ne sont que des habitudes physiques sans aucune conséquence pour les mœurs; mais il faut chercher une autre raison que celle tirée de l'habitude, pour expliquer l'attachement naturel de l'homme à des pratiques qui tendent à réprimer ses penchants les plus violents. Au reste il résulterait de l'opinion de 3Iontesquieu, que la religion catholique est préférable à la religion protestante, puisqu'elle attache plus à elle; car la religion étant nécessaire à l'homme, celle qui attache le plus l'homme à elle, est par cela même préférable à celle qui l'attache moins '.

' Il est assez commun de voir chez les peuples Réformés des personnes d'un rang distingué, faire élever leur filles dans des religions différentes, de peur que la croyance ne soit un obstacle, ou afin qu'elle soit une facilité de plus pour leur établissement. Les sociétés catholiques donnent d'autres exemples, et l'on y voit des personnes de la naissance la plus illustre, préférer les austérités du cloître aux avantages de l'élévation. La France vient de faire une perte qui rouvre toutes ses plaies. Madame Louise, princesse de Condé, qui réunissait li. 7

134 TUÉORIE DD POUVOIR.

Le même auteur fait dans le même chapitre une observation bien remarquable : « Nous sommes, dit-il, extrêmement portés » à Tidolàtrie, et cependant nous ne sommes pas attachés aux » relii^ions idolâtres; nous ne sommes guère portés aux idées » spirituelles, et cependant nous sommes très-attachés aux » religions qui nous font adorer un Etre spirituel. » Je prie le lecteur de méditer ce passage, où Montesquieu a énoncé, sans le savoir, toute la théorie de la religion chrétienne ou constituée. L'homme est extrêmement porté à V idolâtrie, et cependant il n'est pas attaché aux religions idolâtres : cela veut dire qu'une religion extérieure, saus être idolâtre, est dans la nature de l'homme. Lhomme n est guère porté aux idées spirituelles, et cependant il est très-attaché aux religions qui lui font adorer un Être spirituel : cela veut dire qu'une religion spirituelle, sans être purement intérieure, est dans la nature de l'homme; donc la religion catholique, qui est extérieure sans être idolâtre, et spirituelle sans être purement intérieure, la religion catholique, qui divinise l'homme, et qui humanise Dieu, est dans la nature de l'homme et dans celle de Dieu; donc l'homme doit être plus attaché à la religion catholique qu'à la religion protestante. « Aussi, continue Montesquieu, les Catholiques, qui » ont plus de culte sensible que les Protestants, sont-ils plus » invinciblement attachés à leur religion que les Protestants ne » le sont à la leur, et plus zélés pour sa propagation. »

Je ne réfuterai pas ce que Rousseau dit de la religion catholique, dans les derniers chapitres du Contrat social; il n'y a rien d'aussi faible dans tous ses ouvrages, et qui porte plus l'empreinte de l'esprit de parti. Ce que Bajle dit de la religion chrétienne n'est ni plus icnsé, ni moins partial. Je ne puis mieux le réfuter qu'en lui opposant 31ontesquieu. « Bayle, dit-

tout ce que le monde désire dans ses partisans à tout ce que la religion prescrit 'à ses disciples, vient de se retirer dans la maison des Capucines de Turin, Ordre dont la règle est d'une sévérité efTrayante. Maison de Bourbon! combien de fois, et avec quelle étendue, vous faites à la société politique et religieuse le sacrifice de l'homme!

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