DE L'ÉDUCATION E> GÉNÉRAL
Apres avoir traité de la constitution de la société, il est dans l'ordre des choses et des idées de traiter de V administration de rÈlat.
Ainsi, dans l'homme moral, la connaissance du caractère doit précéder le choix des moyens propres à le diriger : ainsi, dans l'homme physique, la connaissance du tempérament doit précéder le choix du régime.
La nature constitue la société; les hommes administrent l'État.
La nature, essentiellement parfaite, constitue parfaitement la société, ou veut la constituer parfaitement : l'homme, essentiellement dépravé, corrompt l'administration, ou tend sans cesse à la corrompre. Il faut donc perfectionner l'homme, avant de lui permettre ^administrer l'État; il faut donc traiter de l'éducation de l'homme, avant de traiter de T administration de l'État.
C'est le but que je me suis proposé.
Je traiterai ce sujet en logicien, et non en orateur : je couperai le discours, pour lier les idées.
DE l'éducation sociale. 191
Celte manière n'offre rien de satisfaisant à la vanité d'un auteur; mais elle repose l'espril, elle soulage l'attention du iecleur.
Je laisse le coloris à l'auteur à' Emile; ses paradoxes en ont besoin.
J'entre sur-le-champ en matière. Si j'avais à prouver la nécessité de l'éducation, ou à en relever les avantages, je me garderais bien d'écrire et sur la constitution, et sur l'éducation^ et sur l'administration.
L'éducation domestique ou particulière est celle que l'homme reçoit dans sa famille et pour sa famille.
L'éducation sociale ou publique, est celle que l'homme reçoit dans la société et pour la société.
Mais la société civile est à la fois société religieuse et politique.
Donc l'éducation ne peut être sociale, sans être à la fois religieuse et politique.
L'éducation doit-elle être publique ou particulière, sociale ou domestique?
L'un et l'autre : 1° selon la profession de Thomme; 2« selon son âge.
1° Selon la profession. Si l'homme est destiné par sa naissance, ou s'il se destine, par son propre choix, à remplir une fonction, une profession publique ou sociale, il doit recevoir une éducation publique ou sociale; car tout ce qui est relatif à la société doit être social ou public.
Si l'homme se destine à exercer une profession naturelle ou privée, il peut ne recevoir qu'une éducation domestique ou particulière.
Cette distinction sera mise dans un plus grand jour.
2" Selon son âge. L'homme est naturel avant d'être poli-^ tique; il appartient à la famille, avant d'appartenir à la société.
L'éducation doit donc être domestique, avant d'être sociale: ou particulière, avant d'être publique.
L éducation doit être domestique ou particulière, tant que l'homme est dans un âge à avoir besoin de la famille.
L'éducation doit être sociale ou publique, dès que l'homme est dans un âge auquel la société a besoin de lui.
La nécessité de cette double éducation est évidente : car la société ne peut pas plus donner l'éducation domestique à l'âge auquel l'homme a besoin de la famille, que la famille ne peut donner l'éducation sociale à l'âge auquel la société a besoin de l'homme : c'est-à-dire, que la société ne peut soigner Thomme naturel, ni la famille former l'homme politique.
L'éducation domestique doit commencer avec l'homme; l'éducation sociale doit commencer avec la raison.