‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 10 sur 300 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

l'amour agissant par la force; car, dans l'être libre, Xamour sans force ou sans acte n'est pas amour.

L'homme particulier ou individu a une^n particulière, qui est l'objet d'une volonté particulière; et comme le moyen est proportionné à la volonté^ V amour particulier agit par une force particulière.

La société, homme collectif ou général, ou réunion d'hommes particuliers, a une fin générale, qui est l'objet de la volonté générale, et à laquelle elle parvient avec un moyen général, c'est-à-dire un amour général, agissant par une /brce générale.

Je suis donc ramené par un autre chemin à cette proposition déjà démontrée, qu'il y a dans la société politique une volonté générale, un amour général, une force générale de parvenir à sa fin, qui est la conservation des êtres sociaux.

Mais un être parvient nécessairement à sa fin, à moins qu'un être supérieur ne l'en empêche; et il n'y a point d'être supérieur a la société, puisqu'il n'y a point d'être hors de la société.

Donc la volonté générale de la société sera nécessairement conservatrice, son amour général nécessairement conservateur, sa force générale nécessairement conservatrice.

Écoutons les aveux de la philosophie : « Tant que plusieurs » hommes se considèrent comme ne formant quun seul corps, » ils ne peuvent avoir qu'une volonté qui se rapporte à la

» commune conservation La volonté générale ne peut

» statuer sur un objet particulier. » [Contrat social.)

Le lecteur est à présent en état de comprendre comment la volonté générale fut rendue extérieure.

Des êtres en société sont, les uns à l'égard des autres, dans de certaines manières d'être qu'on appelle rapports.

Qif.s rapports sont des lois quand ils sont nécessaires, c'est-àdire, quand ils sont tels qu'ils ne pourraient être autres quils ne sont, sans choquer la nature des êtres.

Des êtres en société entre lesquels il existe des rapports nécessaires, sont donc dans l'état social le plus conforme à leur

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nature, c'est-à-dire, le plus parfait, le plus propre à assurer leur conservation.

Mais la volonté générale de la société politique veut la conservation des êtres; donc elle veut les lois ou rapports nécessaires entre les êtres : si elle les veut, elle les produit, ou se produit elle-même par eux, puisque la volonté générale est nécessairement efficace.

Des lois ou rapports nécessaires sont des rapports ou des lois fixes, immuables, fondamentales; donc les lois fixes, immuables, fondamentales, sont la manifestation , la révélation, V expression de la volonté générale. Cette dernière définition est de Rousseau, car on voit qu'il ne faut que s'expliquer pour s'entendre.

Montesquieu définit aussi la monarchie : « l'Etat où un » seul gouverne, mais par des lois fixes et fondamentales. »

Si les rapports entre les êtres sociaux sont nécessaires, ou tels qu'ils ne puissent être autres qu'ils ne sont sans choquer la nature des êtres: la nature des êtres veut donc produire les rapports nécessaires; car tout être veut invinciblement se placer dans l'état le plus conforme à sa nature : donc la nature des êtres sociaux veut ce que veut la volonté générale de la société. Mais Dieu aime les êtres qu'il a créés, puisqu'ils sont bons, c'est-à-dire faits à son image : il veut donc aussi leur conservation ; il veut donc les lois ou rapports nécessaires, qui assurent leur conservation, ou leur existence dans l'état le plus conforme à leur nature.

Donc la volonté générale de la société, la nature des êtres en société, la volonté de Dieu, veulent la même chose ou sont conformes; donc elles ne sont qu'une même volonté, parce que des volontés qui n'occupent point d'espace peuvent se réunir en une seule et même volonté.

Ainsi, volonté générale de la société, du corps social, de l'homme social, nature des êtres sociaux ou de la société, volonté sociale, volonté de Dieu même, sont des expressions synonymes dans cet ouvrage.

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