SOCIÉTÉS POLITIQUES OU GÉNÉRALES
Volonté générale, amour général, force générale, forment la constitution de la société politique ou de la société de conservation.
Donc la volonté, Vamour et la force sont extérieurs; car il n'y a de général que ce qui est extérieur ou 'public.
Comment la volonté générale de la société ou la volonté sociale fut-elle rendue extérieure? Cette question, la plus importante de toutes les questions politiques, exige des développements étendus et malheureusement un peu abstraits. La philosophie, qui place la volonté générale dans la volonté populaire, n'évite des difficultés dans la théorie que pour enfanter des monstres dans l'application.
La volonté générale de la société de conservation ne peut être la volonté particulière d'un homme; car la volonté particulière de tout homme est essentiellement déréglée : elle ne peut être la volonté de tous les hommes; car des volontés essentiellement déréglées ou destructives ne peuvent se réunir en une volonté essentiellement droite ou conservatrice, ni des volontés nécessairement particulières et opposées se réunir en une volonté essentiellement générale et toujours la même.
La volonté de tout un ^qv\^\q, fût-elle unanime, n'est qu'une somme de volontés particulières : et elle ne peut être la volonté générale.
J.-J. Rousseau, qui a élevé 1 édifice du Contrat social sur cette misérable équivoque de volonté 'populaire et de volonté générale, est forcé lui-même de les distinguer : « Quand le » peuple d'Alliènes nommait ou cassait ses chefs, décernait » des honneurs à l'un, imposait des peines à l'autre, Un avait » pas de volonté générale. » Il distingue ailleurs la volonté générale, de la volonté particulière. « La volonté générale tend » à l'égalité, et la volonté particulière aux préférences. » Donc elles sont diamétralement opposées; donc elles ne peuvent se réunir.
Qu'est-ce donc que la volonté générale de la société?
La société est un être; car, si elle n'était pas un être, elle n'existerait pas.
Tout être a une fin; et la société naturelle ou politique a une fin, qui est la production ou la conservation des êtres.
Tout être a la volonté, s'il est intelligent, la tendance, s'il est matériel, de parvenir à sa fin. Ainsi, dans l'homme, l'âme a la volonté d'exister, le corps une tendance a se dissoudre; et comme tout être parvient nécessairement à sa fin, la dissolution du corps présage et prouve l'immortalité do l'àme.
Si tout être a une fin, il a le moyen d'y parvenir; car, s'il n'avait \)'às]e moyen d'y parvenir, il n'y parviendrait pas; c'est-à-dire que sa fin ne serait pas sa fin, ce qui est absurde.
Dans l'être matériel, ce moyen est la force, puisqu'il faut une force supérieure pour l'empêcher d'y parvenir. Ainsi un corps grave tend au centre de la terre avec une force appelée pesanteur; mais si j'oppose à sa chute une force supérieure, je l'empêche de tomber ou de parvenir au centre.
Dans l'être simple ou intelligent, la volonté est le moyen de la volonté. Dieu veut exister, donc il existe; l'homme intelligent veut penser, donc il pense.
Dans l'être composé, esprit ci corps, dans l'homme, le moyen tiendra donc de l'esprit et du corps, de l'intelligence et des sens: il sera donc Yamour, \)uisquc Va^nour dans l'homme, et l'amour seul appartient à la fois à l'esprit et au corps. Il sera