‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 108 sur 300 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

narchîe se recompose, les pouvoirs particuliers cessent, \e pouvoir général reparaît, et la France se rétablit de ses longues calamités.

Si la loi de la succession est encore violée dans la personne de Charles VII, par un roi en démence et^ne mère dénaturée, l'État sera en proie aux plus affreux désordres, et il ne se relèvera de ses désastres qu'en replaçant le légitime héritier sur le trône de ses pères.

Si la religion de l'Etat est attaquée, les effets seront proportionnés à l'importance de la cause : pendant cinq règnes consécutifs la France sera un théâtre d'horreur et de discorde; et comme la constitution est une, et que les lois fondamentales se tiennent toutes, la loi de la succession sera encore méconnue. Mais l'héritier légitime embrasse la religion de l'État, les troubles cessent, l'étranger se retire, la prospérité renaît avec l'ordre et la paix, et la France respire sous le bon et grand Henri.

La révolte de la capitale et de plusieurs provinces, Terreur du premier corps de magistrature, le génie même du grand Condé ne peuvent sous un roi enfant et le ministère d'un étranger haï et envié, faire de la Fronde autre chose, qu'une intrigue de cour ou une tracasserie de ville, parce qu'aucune loi fondamentale n'était attaquée : comme, sous Louis XI, le mécontentement de presque tous les princes du sang, d'un grand nombre de seigneurs, des plus grands capitaines aidés par les plus puissants vassaux et par des princes étrangers, aboutit à une bataille indécise, et se termine par un traité de paix insignifiant *.

Mais si le fanatisme, l'ambition et l'orgueil attaquent de con-

' On voit que je veux parler de la guerre du bien public, qui éclata au commencement du règne de Louis XI. « La bataille de Monthléri fut donnée sans » que le roi ni le comte de CharoUois eussent envie de combattre; la perte fut » égale des deux côtés. Cette guerre fut terminée par le traité de Conflans et » de Saint-Maur, où le roi avait tout accordé; espérant bien tout avoir par ses 1) intrigues. » {Hénault.)

certeèà la fois, la religion, la royauté et les distinctions; si le pouvoir égaré par des suggestions perfides ouvre la lice à toutes les passions, en renversant les barrières que la nature avait élevées entre les divers ordres de l'Étal; si les professions distinguées, conservatrices de la société, sont forcées de quitter le poste que la nature même de la société leur avait assigné, alors commencera la longue série des calamités les plus déplorables dont les annales des nations aient transmis le souvenir. Pour détruire cette société florissante, toute la profondeur de l'esprit de l'homme mettra en œuvre toute la corruption de son cœur, tout le dérèglement de ses sens : les malheurs de la France surpasseront sa gloire, et ses crimes surpasseront ses malheurs.

Mais la France avait une constitution, et le Français un caractère : cet État sans constitution en avait plus qu'aucun État de l'Europe, ce peuple sans caractère en avait plus qu'aucun peuple de l'univers.

La France avait plus de constitution qu'aucune autre société, puisque le pouvoir général y était plus constitué, c'est-à-dire, mieux défendu et plus limité que dans tout autre État monarchique. — Religion publique, royauté héréditaire, distinctions héréditaires et permanentes, non-seulement dans les personnes, mais dans les choses, immunités du clergé, prérogatives de la noblesse, privilèges des provinces, des villes, des corps, grands offices de la couronne, prééminences de la pairie, attributions des cours souveraines, inamovibilité des charges de magistrature, tout était, quant à son existence politique, indépendant du monarque. Cette inamovibilité des charges, les mœurs l'avaient étendue à presque tous les emplois civils et militaires; les professions mécaniques étaient fixées par l'établissement des maîtrises; jusqu'aux dernières fonctions de la domesticité, tout existait par soi-même autour du souverain, tout était possédé en titre d'office, tout était propriété. La propriété, comme une barrière impénétrable, placée par la nature elle-même entre la faiblesse et la force, formait autour du monarque

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