‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 109 sur 300 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

une enceinte qu'il ne pouvait franchir; et lui-même, pauvre au milieu de propriétaires, dépendant au milieu d'hommes libres, appartenait à tel point à la nation, qu'il n'avait pas même les facultés du dernier citoyen, et ne pouvait posséder de propriété particulière qui ne fût, par les lois, réunie au domaine public au bout de dix ans de possession. « Le domaine de la couronne » est comme la dot du royaume, donné au roi à cause de la » royauté, et par conséquent inaliénable, de même que la dot » qu'une femme a apportée à son mari. » [Hénault.) Comparaison sublime, et qui établit d'une manière aussi touchante qu'elle est exacte, les vrais rapports du roi avec son État.

Le Français avait un caractère, et c'est dans l'invariabilité de son caractère, comme dans la force de la constitution, qu'il faut chercher la cause de ses longues prospérités, comme le principe do ses fautes, et l'origine de ses malheurs.

J'observe avec attention ce peuple, mêlé de Romains ', de Gaulois et de Germains, et je crois apercevoir dans son caractère la fierté nationale du Romain, l'impétuosité du Gaulois, la franchise du Germain; comme je retrouve, dans ses manières, l'urbanité du premier, la vivacité du second, la simplicité du dernier.

' 11 serait, je crois, aisé de prouver que la France est, de tous les pays soumis à la domination Romaine, celui où il a dû se conserver le plus de Romains, surtout dans les provinces du midi. Leur langue particulière est beaucoup plus latine que la langue française : les terminaisons en ac, si communes dans la topographie de ces provinces, ne sont que le mot ager déQguré par contraction; les Romains, selon toutes les apparences, donnaient au g un son dur et ferme, approchant du h, comme font encore les peuples du nord qui appellent un champ Acker.

Ainsi, Aurillac, vient de Aurelii ager : Pontac, de Ponîiiager; Marcillac, de Marcelli ager, etc. : et comme cette expression ne désigne que des biens de campagne, il n'y a pas de ville considérable dont le nom se termine ainsi. On retrouve aussi leur agriculture et leurs usages, dans plusieurs usages et dans différents procédés de l'agriculture de ces provinces. Les différentes parties de la charrue à bœufs portent, dans le jargon méridional, au moins dans les montagnes où les peuples sont plus constants dans leurs habitudes, absolument les mêmes noms qu'elles ont dans Virgile; Aures, Stiva, Dentalia^ Terne.

Il est tout âme, tout sentiment, tout action ; il sent quand les autres pensent, il agit quand les autres délibèrent; chez lui l'action devance la pensée, et le sentiment devance l'action : terrible dans ses écarts, extrême dans ses vertus, il a moins de vices que de passions; frivole et capable de constance, fier et capable de docilité, impétueux et capable de réflexion, confiant jusqu'à l'insolence, actif jusqu'au prodige, brave jusqu'à la témérité, ses bonnes qualités sont à lui, et trop souvent ses défauts à ceux qui le gouvernent. Parlez à son cœur plutôt qu'à sa raison; donnez-lui des sentiments, et non des opinions; surtout défendez-vous de tout changement, vous qui le gouvernez! n'ajoutez pas à la mobilité naturelle de ses goûts, par les variations d'une administration irrésolue; que rien ne change autour de lui, si vous ne voulez pas qu'il change luimême; ne déplacez rien, si vous ne voulez pas qu'il renverse tout. Que votre administration soit également éloignée de la faiblesse et d'une pédantesque sévérité; n'attristez pas la précieuse, l'inépuisable gaieté de son humeur, et ne lâchez pas la bride à la violence de ses premiers mouvements; le Français n'est fait ni pour une extrême liberté, ni pour une extrême dépendance : il se laissera opprimer pour ne pas servir, il prendra des chaînes de peur d'en recevoir. Ne croyez pas que le nouveau régime auquel on Ta soumis puisse lui convenir : la turbulence des institutions démocratiques accroîtra sa licence, ou l'austérité des formes républicaines effarouchera son humeur libre et folâtre. N'en croyez pas ses serments : c'est un jeune homme sensible à l'excès, qu'un dépit passager jette dans un cloître, et que la facilité d'un cœur tendre ramène aux pieds d'un objet chéri. Il faut au Français l'éclat de la monarchie el la vigueur du pouvoir unique : mais que votre fermeté ne soit pas sans indulgence, ni votre sagesse sans grâces; hélas! s'il s'est perdu, c'est que son caractère méconnu de ses maîtres a été trop bien saisi par ses tyrans.

Je les retrouve, ce caractère et cette conslitutior, principes féconds d'existence, dans tous les événements, à toutt^s les

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