‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 112 sur 300 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

pirât à la monarchie universelle, a II est vrai, dit Montes- » quieu, que ses ennemis l'en accusèrent plutôt sur leurs » craintes que sur leurs raisons : s'il y avait réussi^ rien nau- » rait été plus fatal à ses anciens sujets, à lui et à sa famille. » C'est que la monarchie eût été détruite, parce que la conquête et la monarchie ne sauraient subsister ensemble. Il n'y a eu que deux républiques, la république Romaine et la république Française, qui aient pu aspirer à la monarchie universelle ; et il n'y a que des républiques qui puissent en réaliser le projet, parce que la monarchie universelle n'est que le despotisme universel, que le despotisme universel suppose une conquête universelle, et que les républiques sont essentiellement conquérantes.

Mais, lorsque la constitution de la France est anéantie, non par des altérations insensibles, mais tout à coup et à la fois, par la destruction de la religion publique, de la royauté, des distinctions sociales, alors et tout à coup la France-république déploie des ressources inconnues et une force irrésistible : comme chez les Romains « les vertus guerrières restent » après qu'on a perdu toutes les autres. » [Grandeur des Romains,)

Elle se défend, elle attaque à la fois ; elle s'étend sur tous les points; elle déborde toutes les frontières ; elle franchit les Pyrénées; elle passe les Alpes; elle traverse le Rhin; elle va porter ou soutenir la guerre au-delà des mers; elle se joue de la guerre civile et de la guerre étrangère; elle prodigue les hommes comme les plus vils animaux ; elle sème l'or comme le plomb; elle conquiert par la corruption et l'intrigue, comme par la terreur et les armes. Ce n'est plus une guerre de peuples policés, ce sont les massacres des hordes sauvages. Une loi, inouïe dans les fastes des nations, ordonne d'égorger après la victoire le brave guerrier qui n'aura pas violé ses serments et Irahi sa patrie; on ne laisse aux vaincus ni leurs lois ni leur culte. Bientôt le délire de la liberté fera revivre l'esclavage. L'Europe semble avouer sa défaite, et si elle échappe à la do-

mination de la force, elle aura encore à se défendre de la domination des principes.

Détracteurs ignorants ou per6des de la royauté, comparez la France à la France, le monarque qui a le plus forcé ses moyens de puissance à l'assemblée qui a le plus abusé des siens, les levées d'hommes et d'argent de Louis XIV avec les réquisitions inouïes du Comité de salut public; et soyez justes î

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