‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 115 sur 300 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

réunir, et dans la Convention de nouveaux efforts pour le diviser. Dans ce moment une nouvelle constitution a placé le pouvoir entre les mains de cinq personnes; c'est-à-dire, qu'elle a permis à cinq personnes d'exercer leur pouvoir particulier à la place de celui du corps délibérant, comme celui-ci exerce le sien à la place du reste de la nation. « Le gouvernement a » pris sa pente naturelle, et tend fortement à l'aristocratie : car » le gouvernement passe de la démocratie à l'aristocratie, de » l'aristocratie à la royauté; le progrès inverse est impossible. » [Contrat social.)

Je ne veux pas quitter la France, sans la présenter à mes lecteurs sous un point de vue plus vaste et plus consolant; il est temps de fixer leurs regards sur la fortune de cet empire, gouverné par la Providence, disait Benoit XIV, dans le même sens que Mézerai dit, que Dieu seul a planté les lis.

La piété de nos pères nous a transmis le récit des prodiges qui embellirent le berceau de la monarchie Française, et moi j'ose offrir à la raison dédaigneuse d'un siècle de lumières, le tableau des prodiges aussi étonnants et mieux constatés qui en ont signalé toutes les époques.

La religion chrétienne et la constitution monarchique se rencontrent en Europe, et se rejoignent dans les Gaules aux débris du nom Romain : la France devient le point de réunion de tout ce que le culte de la Divinité a jamais eu de plus pur, la constitution des sociétés de plus parfait, et les restes de l'antiquité de plus imposant.

Un homme d'un génie vaste et hardi, (c'est la force et le génie qui fondent les empires, c'est la sagesse et la vertu qui les conservent, c'est la faiblesse et le bel esprit qui les détruisent), Glovis élève sur des bases indestructibles l'édifice de l'empire Français. Ce prince est ce qu'il doit être pour fonder un empire, il est politique et guerrier. Les divisions de ses enfants, la faiblesse de ses successeurs, menacent son ouvrage d'une ruine prochaine; une famille s'élève à côté du trône pour le soutenir, et bientôt pour l'occuper. Dans cette famille, chose

sans exemple! l'héroïsme el le génie se transmettent héréditairement, pendant quatre générations, et le fils est toujours plus grand que son père : c'est Pépin d'Héristel, c'est Charles- Martel, c'est Pépin-le-Bref, c'est Charlemagne enfin, Charlemagne, le plus grand homme des temps modernes, et peut-être de tous les temps. Si pour produire ce puissant génie, la nature déroge à ses lois, la langue pour nommer ce grand homme, dérogera à ses usages. Ce nœud mystérieux qui unit la société politique à la société religieuse, deviné par Clovis, aperçu par Pépin, Charlemagne en a connu toute la force, en a pénétré tout le secret. Il fond ensemble, si j'ose le dire, le sacerdoce et l'empire, la monarchie et la religion; c'est un faisceau, lié par la main de la nature et du génie, que le bel esprit s'efforcera en vain de désunir.

Charlemagne est ce qu'il doit être pour les circonstances de son règne, de son siècle et de sa mission; il est héros religieux et conquérant législateur.

Le zèle ferme et éclairé de Charlemagne pour la religion avait fortifié l'autorité du monarque, pouvoir général de la société; la dévotion pusillanime et mal entendue de Louis-le- Débonnaire anéantit le pouvoir général, en soumettant le monarque au pouvoir particulier de ses enfants rebelles secondés par des prélats faclieux.

Le vasle empire de Charlemagne accable ses débiles successeurs; il avait créé l'Europe, ils ne peuvent suffire à gouverner la France; ils laissent envahir leurs possessions, affaiblir leur autorité, deux fois même usurper leur couronne *; on s'arme contre eux de leurs propres bienfaits, et leurs officiers deviennent leurs égaux, souvent leurs rivaux, el quelquefois leurs maîtres.

Quand l'autorité royale était avilie par les derniers rois de la première race, il fallut un grand homme pour la relever, et Charlemagne parut : quand elle est dépouillée sous les derniers

' Eudes et Raoul, étrangers à la race de Charlemagne.

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