‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 116 sur 300 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

rois de la seconde, il faut un puissant propriétaire pour la rétablir, et Hugues Capet monte sur le trône : il apporte à la couronne les belles provinces dont il est possesseur, et réunit ce que le malheur des temps avait séparé, la puissance du vassal et \e pouvoir du roi.

L'Empire français recommence, la succession au trône devient régulière, la société se recompose, et rappelle dans son sein toutes les sociétés partielles. Pour opérer ce long et difficile ouvrage, la nature emploie successivement la vigueur de Louisle-Gros, la profonde habileté de Suger, l'imposante et adroite fermeté de Philippe-Auguste, et jusqu'à la coquetterie politique de la belle et vertueuse Blanche de Castille *. La nature fait naître à propos les grands rois, les grands ministres, les grandes reines. La nature fait beaucoup sans doute, la religion fera davantage; elle enverra au-delà des mers ces fiers et turbulents vassaux : ils périront dans ces expéditions lointaines, ou ils en reviendront affaiblis et tranquilles. Les restes de la barbarie Gothique et Germaine s'exhalent en Asie. L'homme périt, mais la société se perfectionne. « Encore un siècle de » guerres privées, dit Hénault, et c'était fait de la France. »

Au règne des armes doit succéder le règne des lois. Philippe- Auguste avait réuni des provinces à l'État par la justice appuyée de la force; le plus grand de nos rois, saint Louis, réunira les justices à la souverainté par l'ascendant de l'amour, de la confiance et du respect. Ce n'est pas tout : la religion avait fondé et soutenu la monarchie; mais ses ministres ambitieux ou peu éclairés en troublaient la tranquillité par leurs prétentions. Dans un temps où les droits du sacerdoce et ceux de l'Empire n'étaient pas exactement définis, où la religion était plus sentie qu'elle n'était connue, ces luttes entre les deux puissances, si funestes à l'Allemagne^ pouvaient prendre aux yeux du peuple

' « On ne saurait nier la passion du comte de Champagne pour la reine » Blanche telle en profita peut-être avec une politique mêlée de coquetterie, }) mais il n'en fut pas plus heureux. [Hénault.)

Tappareiice du schisme, et peut-être en avoir les effets. Il fallait apprendre à la France, qu'on peut allier l'obéissance à l'Eglise, et la résistance à ses ministres; pour marcher d'un pas sûr entre les deux écueils également à redouter, d'une rébellion ouverte, ou d'une soumission aveugle, il fallait un attachement à la religion sans petitesse, aux droits de la couronne sans entêtement; il fallait un roi sans faiblesse, et un homme sans passions, il fallait un grand roi et un grand saint, il fallait saint Louis, un des plus grands hommes, dit le P. Daniel, et des plus singuliers qui aient jamais été : le monarque, je ne crains pas de le dire, le plus propre au temps où il a vécu et aux grandes choses quil avait à faille \

La nature se repose après saint Louis, comme elle s'était reposée après Clovis, après Charlemagne. Les malheureux Yalois perdent la France par la mollesse de leur administralion, ils la perdent par leur courage même dans les combats. Si la France respire un instant sous Charles V et du Guesclin, elle retombe sous son infortuné successeur. L'Anglais est maître de nos plus belles provinces. Paris a vu proclamer un roi étranger et déshériter le sien : c'est fait de la France, si elle ne peut être sauvée que par un grand roi ou un grand homme; Charles VII ruine ses alYaires par sa nonchalance, et ses plus braves capitaines aff'aiblissent son parti par leurs divisions. La religion se charge seule du salut de la France : elle avait formé Suger dans l'obscurité d'un cloître, elle appelle une jeune fille de l'état le plus humble, et l'envoie délivrer la monarchie : Jeanne d'Arc le croit et l'annonce ainsi. {Uénault.) Dans un siècle de philosophes, on eût contesté la vérité de sa mission ou la sincérité de sa persuasion, et la France eût

' Voyez le beau portrait que le président Hénault fait de ce grand prince. Un historien Arabe dit de lui : « Ce prince était d'une belle ligure, il avait de l'es- » prit, de la fermeté et de la religion; sr>i belles qualités lui attiraient la >éné- 1) ration des chrétiens, qui avaient en lui une extrême conQance. » Ce grand roi était bon, brave, et simple dans ses manières comme Henri IV, mais plus vertueux et plus ferme que lui.

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