‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 132 sur 300 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

c'est-à-dire, de la science de la société politique et de la société religieuse. Faisons-en une application qui porte sur l'homme, sur la société, sur la religion à la fois. J'ouvre l'histoire de l'Europe chrétienne; j'y vois de grands crimes : mais j'y vois et fréquemment des remords violents, des actions expiatoires, de grandes vertus sociales, c'est-à-dire, des vertus religieuses et politiques; je vois de l'héroïsme dans les fautes, de l'héroïsme dans le repentir. Voilà l'homme, me dis-je, l'homme de la religion. C'est son cœur combattu, déchiré entre la volonté dépravée de l'homme, et sa volonté éclairée par la religion. Je reconnais l'une à ses erreurs, et l'autre à ses remords. Si je vois les crimes que la religion n'empêche pas, je vois aussi les vertus qu'elle produit. Tout n'est pas perdu, puisque, emporté par sa passion naturelle, la passion de dominer, rhomme public obéit au frein de la religion qui le ramène. Je parcours les fastes de l'Europe philosophe : à travers le voile transparent des événements, je découvre des horreurs calculées, des forfaits raisonnes, de sombres et affreuses vengeances, des machinations infernales....

» Et des crimes peut-être inconnus aux enfers. »

Voilà l'homme de la philosophie, me dis-je; ce sont les crimes de son esprit dépravé. Le cœur s'emporte, et éprouve des remords; l'esprit combine, et ne peut éprouver de regret que celui d'avoir mal combiné. Les forfaits que je vois me font frémir sur ceux que je ne fais que soupçonner. L'amour de l'homme n'est plus dans le cœur, où la religion l'avait placé; il en est sorti avec elle. C'en est fait : le bonheur de la société, la conservation de l'espèce humaine ne sont plus qu'une opération de l'esprit,.,., un problème.

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