‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 14 sur 300 · LIVRE I. Î · texte numérisé non relu

LIVRE I. Î

conlre quelque loi ou rapport nécessaire de la société religieuse.

Si dans une société politique les êtres sont entre eux dans des rapports non nécessaires, ou contraires à leur nature; les lois, loin d'être fixes et fondamentales, seront variables et défectueuses; cette société sera imparfaite ou non constituée, puisqu'elle n'atteindra qu'imparfaitement sa fin, la conservation des êtres; cette société produira les êtres, mais elle ne les conservera pas.

Ainsi toutes les sociétés vqW^xqxx^qs produisent Dieu dans la pensée de l'homme, c'est-à-dire, donnent à l'homme la pensée de Dieu, sans laquelle il ne peut exister de religion; mais toutes ne conscr'vent pas Dieu ou la connaissance de ses perfections dans rintelligence humaine, et par conséquent elles ne conservent pas l'homme intelligent dans la perfection conforme à sa nature. Ainsi toutes les sociétés physiques produisent l'homme par le rapprochement des sexes, mais toutes ne le conservent pas dans la liberté conforme à la nature de son être. On peut dire que ces sociétés rapprochent les êtres sans les réunir, et les produisent sans les conserver.

Ainsi la philosophie moderne, qui est la sagesse de l'homme et non celle de la société, c'est-à-dire, la sagesse de l'homme dépravé et non la sagesse de l'homme social ou perfectionné, veut ramener l'homme intelligent à la religion naturelle et l'homme physique à la société naturelle ou la famille, aux sociétés qui rapprochent sans réunir, et qui produisent sans conserver. Aussi la religion philosophique, le culte pur de la Divinité, du grand Être, de VÈtre des êtres, le théisme conduit infailliblement à l'athéisme; comme le gouvernement philosophique des sociétés politiques, la division et l'équilibre des pouvoirs, ou le gouvernement représentatif, aboutit nécessairement à l'anarchie.

Tous les rapports, même nécessaires, ne sont pas également importants; ainsi les rapports de pouvoir à sujet, dans la société politique, ceux de mari à femme, de père à fils, dans la

société naturelle, sont plus importants à la conservation des êtres, ou à celle de la société, que les rapports de sujet à sujet dans la première, ou de propriétaire à propriétaire dans la seconde.

Une société sera donc plus constituée ou plus parfaite, à mesure que les êtres qui la composent seront, les uns à l'égard des autres, dans des manières d'être ou des rapports plus né~ cessaires, et que ces rapports seront plus importants.

Une société sera moins constituée ou plus imparfaite, à mesure que les rapports, qui existent entre les êtres dont elle est composée, seront moins nécessairesy et que ces rapports seront plus importants. Venons aux exemples.

Le mariage, ou l'union indissoluble d'un homme et d'une femme, forme la société naturelle dont la fin est la production de Vhomme. C'est un rapport nécessaire ou parfait; un rapport A'une volonté à une volonté, à\n amour à un amour, d'une force à une force, c'est-à-dire à'une âme à une âme, et d'w/i corps à un corps. Donc ce rapport est une loi fondamentale, expression de la volonté générale; donc cette société est constituée; donc elle parvient parfaitement à sa fin. Effectivement, il est démontré que le mariage, ou l'union indissoluble d'un homme et d'une femme, est la société naturelle la plus favorable à la propagation de l'espèce humaine. La polygamie, ou l'union d'un homme avec plusieurs femmes, est un rapport non nécessaire, imparfait, indéterminé, puisqu'il est celui d'w/ie volonté à plusieurs volontés, d'ww amour à plusieurs amours, d'une force à plusieurs forces, c'est-à-dire, d'une âme à plusieurs âmes, et d'un corps à plusieurs corps. Ce rapport n'est donc pas une loi ou l'expression de la volonté générale de la société, de la nature des êtres, de la volonté de Dieu même qui fait naîlre les hommes des deux sexes en nombre égal sur tout le globe. Ce rapport est reffet d'une volonté particulière dépravée par un amour déréglé de soi, qui s'exerce par une action ou force déréglée. Cette société n'est donc pas constituée : elle ne parvient donc pas parfaitement à sa fin, la pro-

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