LIVRE I
pagation de l'espèce humaine; car, outre que la polygamie relâche, en les étendant, les liens de la paternité, « la pluralité » des femmes, qui le croirait? dit Montesquieu, mène à cet » amour que la nature désavoue; » et il le prouve par des faits. Non-seulement la société naturelle de la polygamie ne parvient pas à sa fin, la production des êtres, mais elle empêche la société politique dans laquelle elle se trouve de parvenir à la sienne, la conservation de l'homme physique dans la liberté conforme à sa nature; puisque la femme y est nécessairement esclave, et que la nécessité de la tenir renfermée soumet l'homme lui-même à un autre genre d'esclavage.
Ce même raisonnement peut s'appliquer au divorce, qui n'est au fond qu'une polygamie économique, puisqu'il permet la pluralité en permettant la séparation; mais il est plus imparfait que la polygamie, parce que, s'il est moins destructif de l'homme physique, il est plus destructif de l'homme moral. J'y reviendrai ailleurs.
Si les rapports nécessaires ou lois fixes, immuables, fondamentales, sont produits par la volonté générale de la société, les rapports non nécessaires ou les lois variables et défectueuses, seront produits par la volonté dépravée et particulière de l'homme; car les hommes ne peuvent pas exister ensemble sans être les uns à l'égard des autres dans des rapports quelconques, nécessaires ou défectueux, conformes ou contraires à leur nature.
Ainsi volonté générale de la société, volonté particulière de l'homme, sont le législateur des sociétés constituées et des sociétés non constituées.
Les lois fondamentales et nécessaires^ expression de la volonté générale; les lois non nécessaires ou contraires à la nature des êtres en société, expression de la volonté particulière, sont donc les caractères extérieurs qui distinguent entre elles les deux sociétés.
Mais toutes les sociétés présentent à l'extérieur des caractères d'identité: je vojs dans toutes des pouvoirs ^ une /brce publique.
des agents de l'un et de l'autre; c'est-à-dire que toutes les sociétés ont une forme de gouvernement, mais toutes n'ont pas une constitution.
Volonté générale manifestée par des lois fondamentales, pouvoir général exercé par le monarque, force publique dirigée par le pouvoir général, forment la constitution de la société; et il ne peut y avoir d'autre constitution, parce que la société ne peut avoir qu'une volonté générale et un pouvoir général.
Les formes de gouvernement peuvent varier à l'infini, mais toutes les espèces peuvent se réduire à deux genres. En effet, le principe des sociétés non constituées, de celles qui n'ont qu'une forme extérieure de gouvernement, étant la volonté particulière, le pouvoir y est nécessairement particulier; car il est évident que, dans le même être, la volonté et le pouvoir doivent élre de même nature, et qu'une volonté particulière, ou une somme de volontés particulières, ne peut s'exercer que par un 'pouvoir particulier, ou une somme de pouvoirs particuliers.
Donc le pouvoir, dans la société non constituée, ne pourra être quun ou plusieurs, ce qu'on appelle gouvernement despotique, ou gouvernement républicain.
Ainsi : Volonté particulière d'un seul,
Pouvoir particulier d'un seul.
Force de tous; c'est le despotisme, gouvernement impossible, si Ion prend à la rigueur la délinition qu'en donne Montesquieu : u Le despo- » tisme est le gouvernement où un seul, sans loi et sans règle, » entraîne tout par sa volonté et par ses caprices. »
Volonté particulière de plusieurs,
Pouvoir particulier de plusieurs.
Force de tous; c'est la république, gouvernement impossible, si l'on suppose que la volonté particulière soit celle de tous, le pouvoir particulier celui de tous : ce qui constitue la démocratie pure, qui,