‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 145 sur 300 · OBSERVATIONS GÉNÉRALES SUR LES RÉPUBLIQUES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS GÉNÉRALES SUR LES RÉPUBLIQUES

Il semble, à voir l'état florissant et tranquille des républiques modernes, que mes principes sur le vice intérieur des sociétés non constituées ne peuvent leur être ap[)liqués; puisqu'au lieu d'être guerrières et conquérantes, elles jouissent de la paix la plus profonde, et qu'on pourrait même reprocher à quelques-unes un amour du repos, voisin de la faiblesse, et peu compatible avec la dignité cl la considération qu'une société, quelles que soient ses forces, doit être jalouse de maintenir.

La réponse est aisée, et fournira à mes principes de nouveaux développements.

Toutes les républiques modernes sont sous la dépendance ou la protection de droit ou de fait de quelque grande puissance, ou sont membres d'une confédération où l'aristocratie domine, et dont la forme est garantie par d'autres puissances. C'est toujours hors d'elles-mêmes qu'il faut chercher le principe de leur conservation, c'est-à-dire leur pouvoir conservateur.

Ainsi les petites démocraties de la Suisse, des Provinces- Unies, de l'Allemagne, sont tenues en respect par les membres les plus puissants de la confédération.

Ainsi les petites républiques de Lucques, Ragusc et Saint- Marin, qui ne pouvant guerroyer au dehors, pourraient être travaillées de dissensions intestines, ont dans les grandes puissances des protecteurs qui, au besoin, deviendraient leurs maîtres.

Les Etats-Unis de l'Amérique ont, dans la crainte des Anglais ou dans celle des sauvages, un motif de conserver la tranquillité au dedans, ou un moyen de l'y rétablir.

Les grands Cantons de la Suisse, Venise, Gênes, Terraient les grandes puissances interposer, dans leurs troubles ou leurs débats, une médiation efficace.

On verrait encore aujourd'hui l'Angleterre et la Hollande se disputer l'empire des mers, si des puissances intéressées ne maintenaient chez la dernière des formes monarchiques, qui, modifiant les institutions populaires, y compriment les passions républicaines, et assurent ainsi le repos des deux nations et celui de l'Europe.

Voyez comment les chefs profondément habiles de la démocratie Française, connaissant le besoin d'une haine nationale pour cette démocratie naissante, et le parti que son gouvernement peut en tirer dans la suite, lui désignent l'Angleterre par leurs déclamations emportées, et leurs féroces décrets, et donnent ainsi à leur Rome une autre Carthage.

Nullns amor populis, nec fœdera sunto.

[jEneid. iv. 624.)

On dit aux peuples que des rivalités entre des ministres ont produit de longues guerres entre les rois ; mais on ne leur dit pas que, pour armer une république contre une autre, il ne faut qu'une querelle de pâtres, ou une concurrence de marchands.

On ne leur dit pas que, si la vanité et la mode font des militaires dans les monarchies, dans les républiques la passion de dominer fait des guerriers.

On ne leur dit pas que la guerre la plus heureuse compromet la félicité d'un roi et la prospérité de son Etat; et que, dans un État populaire, la guerre la plus malheureuse ouvre des chances favorables à l'ambition des chefs, et préserve l'Etat du danger plus grand des divisions intestines.

Les républiques n'existent donc pas par elles-mêmes, et indépendamment des monarchies ; et soit qu'elles redoutent un ennemi, qu'elles ménagent un co-Ètat confédéré, qu'elles res-

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