LIVRE V
O crime î ô dernier outrage que l'enfer réservait à l'humanité ! avant de donner la mort, on voudra faire éprouver le sentiment et le regret de la vie,..; l'homme prêt à mourir servira de jouet à l'homme... : et le trépas ne sera pas un dernier asile contre la rage des bourreaux, la pudeur n'obtiendra pas la triste faveur de jeter un voile sur ces déplorables restes, l'humanité ne pourra leur rendre les derniers devoirs, et la pitié même n'osera leur accorder des pleurs.
Et si ces jours n eussent été abrégés, nul homme ne se serait sauvé. (Matth. xxiv, 22.)
Cette épouvantable anarchie aura des partisans, parce que toutes les passions ont des panégyristes, et tous les forfaits ont des fauteurs.
Les peuples las de bonheur, égarés par des suggestions perfides, favoriseront, par une inaction coupable ou des vœux insensés, les progrès de cet incendie dévorant; et si les pouvoirs des nations oublient qu'ils ont des devoirs à remplir, et non des opinions à discuter; que, comme agents de la volonté générale conservatrice de la société, directeurs de sa force publique, ils doivent réprimer les passions des peuples et non flatter leurs erreurs; si, séduits par une fausse philantropie, ils se laissaient gagner aussi au délire des nouveaux systèmes, ou s'ils sacrifiaient de grands intérêts à de petites passions, et l'existence de la société aux combinaisons aveugles de la politique : alors commencerait pour les peuples et les
rois la dernière catastrophe ; et si ce n'était la fin du monde, ce serait la fin des sociétés...