POURQUOI LES SOCIÉTÉS NON CONSTITUÉES SONT TOUJOURS- GUERRIÈRES
Je dois ramener l'attention de mes lecteurs sur cette vérité
importante, et la démontrer par le raisonnement, comme elle est établie par l'expérience.
Si cette proposition est prouvée, la philanlropie doit dire anathème aux républiques. Je reviens aux principes.
« L'opposition des intérêts particuliers a rendu nécessaire )) l'établissement des sociétés. L'accord de ces mêmes intérêts » l'a rendu possible. » [Contrat social.)
Les intérêts particuliers sont les passions, et le mojen qui les accorde est le pouvoir général de la société qui les comprime par la force.
Les passions ne sont donc pas accordées ou comprimées, dans une société qui n'a pas de pouvoir général, ni de force générale.
Or, j'ai prouvé qu'il n'y avait de pouvoir général et de force générale, que dans une société constituée ou monarchique.
La passion de l'homme est de dominer ses semblables.
La passion de ces hommes réunis sera donc de se dominer entre eux, ou de dominer d'autres hommes.
De là la guerre civile et la guerre étrangère, qui ne sont qu'un efTortque fait une partie de la société pour dominer l'autre partie, ou toute une société pour dominer une autre société.
« Les princes, dit 3Iontesquieu, ont dans le cours de leur » vie des périodes d'ambition, après quoi d'autres passions et » l'oisiveté même leur succèdent : mais la république ayant )^ des chefs qui changeaient tous les ans..., il n'y avait pas un » moment de perdu pour l'ambition; ils engageaient le sénat » à déclarer la guerre, et lui montraient tous les jours de » nouveaux ennemis. » [Grandeur des Roinains.) C'est une chose digne de remarque, et qui me paraît caractériser l'esprit de cet auteur, qu'il explique toujours de grands effets par de petites causes : ne dirait-on pas que le sénat Romain était une assemblée populaire jouet de l'ambition ou de l'éloquence des consuls? la politique des chefs provoquait la guerre; mais la nature du gouvernement rendait nécessaire la politique des chefs.