POUVOIRS LÉGISLATIF, EXÉCUTIF, JUDICIAIRE
Il est temps d'aborder la célèbre question de la division des pouvoirs, dogme fondamental de la politique moderne. Avec les principes que j'ai posés, je puis la simplifier, et peut-être la résoudre.
« Il y a dans chaque Etat, dit Montesquieu, trois sortes de » pouvoirs : la puissance législative, la puissance executive » des choses qui dépendent du droit des gens, et la puissance » executive de celles qui dépendent du droit civil. Cette der- » nière puissance s'appelle aussi pouvoir judiciaire. » [Esprit des lois l. II, ch. 6.)
Opposons Montesquieu à lui-même. « Le pouvoir, dit-il, est » la volonté générale de l'Etat; » or l'Etat n'a qu'une volonté, celle de sa conservation; donc l'Etat n'a q\ï un pouvoir.
Opposons Rousseau à Montesquieu. « Nos politiques ne » pouvant séparer la souveraineté dans son principe, la » divisent dans son objet. Ils la divisent en force et en volonté, » en puissance législative et en puissance executive, en droit » d'impôts de justice et de guerre, en administration intérieure, » et en pouvoir de traiter avec l'étranger. Tantôt ils confondent » toutes ces parties et tantôt ils les séparent; ils font du sou- » verain un être fantastique et formé de pièces rapportées : » c'est comme s'ils composaient l'homme de plusieurs corps » dont l'un aurait des yeux, l'autre des bras, l'autre des pieds, » et rien de plus. Les charlatans du Japon dépècent, dit-on, » un enfant aux yeux des spectateurs; puis jetant en l'air » tous ses membres l'un après l'autre, ils font retomber l'en- » faut vivant et tout rassemblé. Tels sont à peu près les tours