LIVRE VI
» de gobelets de nos politiques : après avoir démembré le » corps social, par un prestige digne de la foire, ils ras- » semblent les pièces, on ne sait comment. [Contrat social.) Dans cette sortie violente, évidemment dirigée contre Montesquieu, Rousseau compare à un charlatan celui qu'il appelle ailleurs un beau génie.
il n'y a donc qu'un pouvoir; mais ce pouvoir a différentes fonctions qu'il faut considérer séparément.
1'' Le pouvoir judiciaire n'est pas un pouvoir : « De ces trois » puissances, dit Montesquieu, celle déjuger est, en quelque » façon, nulle. »
2" « La puissance exécutrice, pour l'administration inté- » rieure, doit être dans les mains d'un monarque, puisque cette » partie du gouvernement, qui a presque toujours besoin d'une » action momentanée, est mieux administrée par un que par » plusieurs. » [Esprit des lois.)
Jusqu'ici je suis d'accord avec Montesquieu, parce que nous nous accordons tous les deux avec la nature.
3*^ 11 ne reste plus à examiner que la puissance ou le pouvoir législatif, selon les modernes législateurs, ce que j'appelle la fonction législative : car, comme je l'ai déjà dit, je ne reconnais dans la société, comme dans l'univers, qu'un pouvoir, le pouvoir conservateur dont les puissances législative, executive, et judiciaire ne sont que des modifications ou des fonctions.
Qu'est-ce que des lois?
Les lois, selon Montesquieu, sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses. Rousseau dit la même chose : Les rapports naturels et les lois doivent tomber toujours de concert sur les mêmes points.
J'admets cette définition, et je dis ;
Les lois fondamentales, les lois politiques, les lois civiles, intérieures ou extérieures, sont donc des rapports qui dérivent nécessairement de la nature des choses»
1° Les lois fondamentales dans la société civile sont les rapports nécessaires qui dérivent
De la nature de l'homme intelligent et physique : c*est la religion publique, ou le culte de l'unité de Dieu;
De la nature de l'homme physique et intelligent : c'est la monarchie royale ou le gouvernement de l'unité de pouvoir;
De la nature du. pouvoir religieux et de celle du pouvoir politique : ce sont les distinctions ou professions sociales, force publique, conservatrice des deux sociétés.
Or, la nature de l'homme intelligent et physique, la nature du pouvoir religieux et celle du pouvoir politique, sont immuables, nécessaires : donc il ne faut pas de pouvoir législatif pour faire des lois fondamentales.
2° Les lois politiques sont des conséquences nécessaires des lois fondamentales, des rapports dérivés de la nature de la société, puisqu'elles sont l'application des lois fondamentales à la société. Dans une société constituée, ces rapports, comme nous l'avons fait voir, sont nécessaires, et s'ils ne l'étaient pas, la société ne serait pas constituée. Or, bien loin qu'il faille un pouvoir humain pour établir des rapports nécessaires, le pouvoir de l'homme ne fait que relarder l'ouvrage de la nature, et empêcher qu'elle n'établisse des rapports nécessaires, en en établissant lui-môme qui ne le sont pas. De là vient la nécessité d'un homme, comme législateur, dans les sociétés qui ne veulent pas de la nature pour législatif ice; il ne faut donc pas de pouvoir législatif pour faire des lois politiques.
3° Les lois extérieures ou diplomatiques sont les rapports de nation à nation; rapports nécessaires, parce qu'ils sont l'ouvrage de la force ou de la convenance réciproque : or, la force majeure, ou la convenance réciproque sont elles-mêmes pouvoir législatif, et n'en reconnnaissent pas d'aulre.
4° Les lois civiles, ou d'administration intérieure, fixent les relations des citoyens entre eux, relativement à la conservation et à la transmission de leurs propriétés respectives, morales ou physiques; or ces rapports dérivent nécessairement de la nature des professions et de la nature des propriétés. Mais les professions comme les propriétés sont de différente