‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 191 sur 300 · TARTARES · texte numérisé non relu

TARTARES

C'est surtout dans les révolutions de l'Asie que Montesquieu voit l'influence du climat, auquel il attribue elles dévastations fréquentes de cette belle partie du monde et son despotisme permanent.

Je conviendrai avec lui que les Asiatiques septentrionaux peuples Gétiques ou Scythes, que nous appelons Tartares, ont conquis plusieurs fois le raidi de l'Asie, comme ils ont conquis l'Europe, et plus récemment la Chine; mais ce n'est pas le climat qui les rend conquérants, c'est le besoin, c'est la nécessité.

Le climat ne leur donne pas du courage, mais il leur refuse des subsistances; il ne tend pas leurs fibres, mais il stérilise leurs terres; il n'est pas la cause de leurs conquêtes, il n'en est tout au plus que l'occasion.

Les peuples qui détruisirent l'empire Romain, ceux qui sous les successeurs de Charlemagne furent à la veille de détruire l'empire Français, ceux qui ont conquis en différents temps la Perse, le Mogol, la Chine, n'avaient pas reçu de la nature de leur climat une constitution physique plus propre au courage que celle des peuples plus méridionaux : mais errants sous un ciel dur et rigoureux \ dispersés sur une terre froide et stérile, sans aucune des institutions, sans aucun dts besoins ni

' /KiKous voyons encore, dans les relations, que la grande Tartarie, qui est » au midi de la Sibérie, est aussi très-froide, et que le pays ne se cultive pas. » , [Esp. des lois, xvii, 3.)

des arts qui détruisent l'espèce humaine chez des peuples policés, ou empêchent son excessive multiplication; lorsqu'après un long espace de temps, leur population s'était accrue au point que leur pays ne pouvait plus suffire à leur subsistance, (et des peuples nomades, pasteurs ou chasseurs, ont besoin pour subsister d'une vaste étendue de terrain) il fallait qu'ils en sortissent, qu'ils s'établissent, qu'ils vécussent enfin, ou qu'ils fussent exterminés.

Ainsi les Cimbres et les Teutons cherchaient à s'établir lorsqu'ils furent défaits par une armée de méridionaux, malgré l'avantage d'un nombre effroyable, et le courage que, selon Montesquieu, ils devaient tenir de leur climat; d'autres plus heureux renversèrent l'empire Romain, et envahirent à différentes époques toute l'Asie méridionale et orientale. La Chine, plus monarchique, leur a opposé ses mœurs, et les a conquis eux-mêmes en leur donnant ses lois.

La preuve que ces peuples ne sont conquérants que par nécessité, est, qu'une fois établis, ils deviennent de paisibles cultivateurs : leur ardeur guerrière s'éteint dans la possession d'une terre fertile; et c'est ce qui fait que les empires despotiques de l'Asie n'ont jamais pu lutter contre les Tartares, peuple toujours neuf, parce qu'il est éternellement le même, et toujours dans la Oèvre des conquêtes, parce qu'il est toujours dans la crise des besoins. « Ce peuple, dit VEsprit des » loîSf le plus singulier de la terre , conquiert sans cesse et » forme des empires, mais la partie de la nation qui reste » dans le pays est soumise à un grand maître, qui, despote dans » le midi, veut encore l'être dans le nord, et avec un pouvoir » arbitraire sur les sujets conquis, le prétend encore sur les » sujets conquérants. »

Si la chaleur du climat a naturalisé le despotisme dans l'Asie méridionale, si la fibre lâche de ces de ces peuples amollis ne peut jamais se monter au ton de la liberté, si l'influence d'un ciel toujours serein, d'un sol excessivement fertile, y plonge les rois dans la mollesse et les peuples dans

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