AVERTISSEMENT
coDstance, une réfutation éloquente des erreurs répandues en France, et qui menaçaient d'envahir toute l'Europe. On pouvait croire les esprits désabusés de ces malheureux systèmes et revenus à de meilleures idées; mais puisqu'on ne craint pas aujourd'hui de remettre en honneur des doctrines déjà jugées par une cruelle expérience, il sera curieux de lire comment le génie de notre écrivain les avait appréciées à leur naissance. Voilà pourquoi M. de Donald s'est d'autant moins soucié de donner un résumé de son ouvrage, que ses idées s'étaient modifiées sur quelques points, comme nous avons eu soin de le faire remarquer dans des Notes où nous renvoyons à ses écrits postérieurs; d'ailleurs ceux-ci rappellent la Théorie qui les contient presque tous en germe.
M. de Chateaubriand a restreint, il est vrai, les éloges qu'il avait donnés à la production de son illustre ami, lorsqu'il a dit dans la préface de ses Études historiques : « Dans la Théorie du » pouvoir civil et religieux, de M. de Bonald, il y a du génie: » mais c'est une chose qui fait peine de reconnaître combien » les idées de cette Théorie sont déjà loin de nous. Avec quelle » rapidité le temps nous entraîne! L'ouvrage de M. de Bonald » est comme ces pyramides, palais de la mort, qui ne servent » au navigateur sur le Nil qu'à mesurer le chemin qu'il a fait » avec les flots. »
C'est là, si nous avons bien compris, une image poétique, plutôt qu'une appréciation rigoureuse. Il n'en est pas tout à fait des productions de la pensée comme des ouvrages matériels de l'art. Le temps et les révolutions emportent ceux-ci; mais il y a dans les autres des vérités qui survivent au temps et à ses ravages, et qu'il est important de rappeler. Affirmer que les idéea de cette Théorie sont loin de nous, c'est faire le procès à notre siècle, qui ne reposerait plus sur les bases éternelles de sainteté, de justice et de vérité. M. de Chateaubriand, au moment qu'il composait sa Préface, s'était rapproché, peut-être à son insu, de quelques écrivains dont il avait auparavant réfuté les erreurs avec une force entraînante de logique et d'éloquence. M. do