‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 202 sur 300 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Je ne vois de caractère fortement prononcé que dans le Français, peuple composé de Gaulois, de Romain et de Germain; dans l'Espagnol, mêlé de Goth et d'Arabe, réunissant à l'imagination mobile des peuples du midi le flegme des peuples du nord, et l'expression hyperbolique, le tour d'esprit romanesque des Orientaux; dans le Hongrois, Tartare humanisé, excellent peuple, qui réunit à la politesse des nations les plus civilisées les inclinations guerrières, l'héroïque et courageuse fidélité d'une nation vierge, peuple que ses maîtres doivent laisser ce qu'il est, s ils veulent rester ce qu'ils sont; dans le Polonais, tout Sarmate, mais qui a perdu son indépendance pour l'avoir préférée à sa liberté; et jadis dans l'Ecossais, peuple si fidèle et si fier, mais égaré une fois par le fanatisme, jusqu'à vendre un roi malheureux.

On peut remarquer comme un trait de ressemblance commun à presque tous les peuples, une sorte de fierté méprisante pour les autres nations, et que celles-ci leur reprochent; c'est l'efTet du caractère national : il faut qu'un peuple qui a du caractère, ait de lui-même et de tout ce qui est à lui, une haute opinion, et nécessairement une opinion moins avantageuse des autres; cet orgueil bien dirigé est le principe de grandes choses. Un peuple qui se place bien au-dessus des aiitres, en est asservi moins aisément: avant d'être attaqués par les Romains, les peuples étaient à demi vaincus par la haute opinion qu'ils en avaient, et nous avons eu sous les yeux quelque chose de semblable.

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