EXISTENCE DE LA DIVINITÉ
Les hommes sociaux, car les hommes n'existent qu'en société ou naturelle ou générale, soit qu'ils en avouent, soit qu'ils en combattent l'existence, pensent à la Divinité : donc la Divinité pew^ exister; car les hommes ne peuvent penser qu'à ce qui peut exister, parce que ce qui ne peut pas exister ne peut pas être le sujet d'une pensée.
Les hommes en société ont le sentiment de la divinité : Donc la Divinité existe; car les hommes ne peuvent avoir ce sentiment que de ce qui existe, parce que ce qui n'existe pas ne peut pas être l'objet d'un sentiment.
Les hommes ne peuvent avoir la pensée que de ce qui peut exister; les hommes ne peuvent avoir le sentiment que de ce qui existe : vérités importantes, dont le développement demande l'attention la plus sérieuse.
Si Dieu existe, il est volonté, amour et force; car on ne peut concevoir un Dieu sans volonté, un Dieu sans amour ^ un Dieu sans force. S'il est volonté et force, il agit : s'il agit, il crée des êtres, et parce qu'il est parfait ou souverainement bon, il crée des êtres bons ou semblables à lui. Il y a donc quelque être qui est volonté, amour et force, comme Dieu; et je vois un être que j'appelle homme, et qui est en effet volonté, amour et force.
Dans Dieu, être simple, la volonté, lamour et la force sont un seul et même acte. L'homme, être composé, Qsi volonté ^dx son intelligence, force par son corps, amour par l'un et par l'autre; puisque l'homme ne peut aimer un objet sans y penser, et qu'il ne peut Faimer sans produire, s'il est libre, son amour au dehors par l'action de ses sens ou par sa force.
il faut faire ici une distinction importante. L'homme peut penser à un objet sans l'aimer, et sans agir sur lui par les sens extérieurs. Ainsi je pense aux Commentaires de César, à la distance qu'il y a de Paris à Lyon, aux propriétés du cercle, et cette pensée n'excite en moi ni sentiment, ni sensation. 31ais l'homme raisonnable et libre ne peut agir sur un objet par ses sens extérieurs ou par sa force, sans que cette action ne soit produite par l'amour, et accompagnée de la pensée; et si l'on m'objectait que l'air, nos vêtements agissent sur nos sens extérieurs, sans que nous éprouvions à' amour pour eux, même sans que nous y pensions; que souvent on fixe les yeux sur un objet sans le voir, ou qu'on le touche sans le sentir; je répondrais que, dans ces situations, l'homme trop fortement occupé d'un autre objet, n'est pas, actuellement, libre de réfléchir sur ses sensations. L'amour est donc le principe de nos actions libres
L'homme ne doit aimer que Dieu et l'homme; parce que l'amour étant le principe de la production et de la conservation des êtres, l'homme ne peut aimer que les êtres qui peuvent le produire ou le conserver. Or, Dieu et l'homme peuvent seuls produireWiommQ et \q conserver, c'est-à-dire, maintenir l'homme moral dans sa perfection et l'homme physique dans sa liberté.
L'homme doit aimer Dieu infiniment, parce que Dieu est infiniment aimable; il doit s'aimer lui-même, parce qu'il est bon ou créé à l'image de Dieu; il doit aimer les autres hommes, ou son prochain, autant que lui-même, parce que les autres hommes sont aussi bons que lui, puisqu'ils sont créés, comme lui, à l'image de Dieu. Ce sont des rapports nécessaires dérivés de la nature des êtres sociaux : donc ce sont des lois.
L'homme social ne peut être considéré que relativement à Dieu, à lui-même, à ses semblables ; c'est-à-dire, en société religieuse, en société naturelle ou famille, en société politique. Donc toutes les actions sociales qu'il peut faire ont rapport à l'un ou à l'autre de ces états ou de ces sociétés. Donc toutes ses actions sont des actions de l'homme social, soit religieux, soit