‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 236 sur 300 · SOCIÉTÉS NATURELLE, PHYSIQUE ET RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉS NATURELLE, PHYSIQUE ET RELIGIEUSE

Dieu et l'homme, la famille, la religion naturelle, paraissent à la fois dans l'univers.

Dieu crée l'univers ou la propriété; bientôt après il crée l'homme pour régner sur l'univers et user de la propriété. Dieu forme d'abord le corps; bientôt après il forme l'âme, pour habiter le corps et en diriger les mouvements. Dieu donne à l'homme une compagne; ce n'est pas un esclave qu'il lui donne, mais un aide semblable à lui : c'est la première société naturelle ou la première famille. Elle est consacrée par Dieu même. « L'homme quittera son père et sa mère, et il s'attachera à sa » femme ; il sera la chair de sa chair, les os de ses os ; ils » seront deux dans la même chair ^ » .

La femme naît après l'homme; elle est l'objet de sa tendresse : mais elle est sujet, et l'homme est pouvoir. Amour et dépendance constituent les relations du pouvoir et du sujet; amour et crainte, voilà la société extérieure ou physique.

Le genre humain sort d'une famille, puisque la famille est l'élément de la société. Croissez, leur dit le Créateur, c'est-àdire, « hommes intelligents, développez les facultés que j'ai

' Ce n'est pas sans doute dans ces paroles que les législateurs religieux ou politiques, ont trouvé la justification du divorce ou de la polygamie.

» mises en vous ^; multipliez, c'est-à-dire, hommes physiques, » remplissez cet univers que je n'ai créé que pour vous. »

Dieu comble l'homme de ses dons, mais il met un frein à ses désirs par une défense sévère. Dieu se constitue pouvoir, et il constitue l'homme sujet; il lui commande l'amour par la reconnaissance de ses bienfaits, et la crainte, par la menace des peines qui suivront sa désobéissance. Amour et crainte, voilà la religion.

Dieu n'intime ses ordres qu'à l'homme pouvoir de la société naturelle ; l'homme les transmet à la femme. La fonction du pouvoir est de faire connaître au sujet la loi, et de la lui faire observer.

La famille est heureuse, tant que l'homme pouvoir de cette société reste à la place que la nature de cette société lui assigne : si sa faiblesse l'en fait descendre, s'il obéit à celle à qui il doit commander, il désobéit lui-même à celui à qui il doit obéir : la scène change, et alors commence, pour l'homme comme pour la femme, pour le pouvoir comme pour le sujet, un état de peine, de misère et de douleur.

Quelle leçon donnent à l'univers les suites déplorables de la faiblesse du pouvoir et de l'orgueil du sujet! C'est en faisant briller aux jeux de la partie faible de la société les lueurs trompeuses de la liberté et de Y égalité, qu'un génie malfaisant la soulève contre l'autorité légitime. « La défense qui vous est » faite, lui dit-il, ne gêne votre liberté que pour vous empê- » cher d'aspirer à \ égalité avec votre créateur : vous ne mour- » rez point, et vous serez comme des dieux, connaissant le » bien et le mal : » et le sujet séduit, mettant l'amour déréglé de soi ou l'orgueil à la place de l'amour de l'Etre suprême, ose désobéir, c'est-à-dire, substituer au pouvoir général son pouvoir particulier : fruit funeste, qui cause une mort certaine à

' Ou les deux expressions, Croissez et Multipliez signifient la même chose, et il ne peut y avoir rien d'inutile dans l'Écriture, ou l'expression Croissez a le sens que je lui donne; et c'est aussi dans ce sens qu'il est dit de Jésus- Christ dans l'Évangile : L'enfant croissait en sagesse. Puer crescebat sapientia.

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