‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 237 sur 300 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

l'orgueilleux qui ose s'en nourrir. Vhomme y pouvoir de la société extérieure, partage la désobéissance du sujet, au lieu de la punir; l'amour déréglé de son semblable l'emporte dans son cœur sur l'amour de l'Être suprême. L'orgueil avait égaré le sujet, la faiblesse perd le monarque.

A peine l'homme a-t-il cédé à ses passions, que troublé par la conscience de sa faute, il tremble de rencontrer l'auteur de son existence, eiilse cache de devant sa face. Le sentiment de la Divinité s'altère dans l'homme coupable; l'amour fait placeàla crainte. Adam ne se dérobe à la vue de son créateur, que parce qu'il ne peut éloigner son créateur de lui. Déjà il le hait, et dans sa haine, il en fera un Dieu barbare et impitoyable; Dieu a pitié de son ouvrage ^ Il reprend l'homme avec bonté; il le châtie avec ménagement, et dans la punition même, il place l'espoir du pardon. Il lui laisse entrevoir quun autre ordre de choses succédera un jour à Vétat malheureux dans lequel la société est tombée. La fable elle-même laisse Vespérance au fond de la boîte fatale de laquelle sont sortis tous les maux.

La bonté de l'Etre suprême se manifeste en môme temps que sa justice : crainte mêlée d'amour, mais d'un amour d'espoir et d'attente, est le premier état de la religion de l'unité de Dieu. Dieu annonce à l'homme un changement heureux dans l'état futur de la société; développement et perfectionnement caractérisent la constitution religieuse comme la société politique.

Le Créateur oblige l'homme au travail de la terre; c'est à ce prix que l'homme acquiert le droit de propriété : il condamne la femme à enfanter avec douleur; c'est à ce prix qu'elle acquiert dans la famille les droits de la maternité.

Malheureuse par la faiblesse du pouvoir et par l'orgueil du sujetf la société ne connaissant que trop le bien de son état

' Ce n'est que chez le sectateur de l'idolâtrie publique ou cachée, que la crainte de Dieu peut être sans amour,ou haine; car le sectateur du mouothéisnie constitué, ou de la religion du rédempteur promis ou donné, ne peut avoir une crainte sans amour, puisqu'il ne peut avoir une crainte sans espoir. La crainte de l'un est celle de l'esclave, la crainte de l'autre est celle de l'enfant.

passé, et le malàe sa position présente, s'éloigne, à la voix du Créateur, du séjour de délices qu'elle avait habité jusqu'à sa désobéissance : c'est la première révolution, et elle a les mêmes causes qu'auront à l'avenir toutes les autres, la faiblesse et l'orgueil.

Les faits décrits par l'écrivain sacré sont réels, mais prophétiques; et je lis, dans les détails qu'ils me présentent, la cause des désordres futurs des sociétés et des malheurs de l'espèce humaine.

Cette prophétie sublime, que tant d'événements ont justiBée, est à mes yeux une preuve irrésistible de la divinité des livres saints.

Avec l'homme commence la religion; avec la religion commence le sacrifice. Les philosophes veulent que la religion naturelle ou la religion de la famille soit purement intérieure; c'est une erreur grossière ou un sophisme évident : la religion est amour, l'amour est action, l'action de l'amour est le sacrifice.

Le sacrifice, avons-nous dit, c'est le don que l'objet qui aime fait de lui-môme à l'objet aimé.

Comme la société naturelle est un homme et une propriété, le sacrifice était le don de l'homme et le don de la propriété. On voit naître la distinction bien marquée de la religion avec sacrifice, et de la religion sans sacrifice; de la religion de sentiment, et de la religion d'opinion; de la religion du cœur, et de la religion de l'esprit, de la philosophie.

Abel, homme juste, choisit ce qu'il a de plus beau dans ses fruits et ses troupcnux, et l'offre au Seigneur. Il joint les dispositions du cœur, ou le don de l'homme moral, aux présents de l'homme physique. Aussi rÉcrilurc ne dit pas que le Seigneur regarde favorablement les présents d'Ahel, mais qu'il regarde favorablement Ahel et ses présents.

Caïn, homme sombre et farouche, offrait à Dieu les mêmes présents en apparence, mais le don de riiommc n'accompiignait pas le don de la propriété. La religion de Caïn était extérieure

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