‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 240 sur 300 · FORMATION DES SOCIÉTÉS POLITIQUES · texte numérisé non relu

FORMATION DES SOCIÉTÉS POLITIQUES

Les hommes se multiplient, et les passions se multiplient avec les hommes : l'orgueil et la volupté, c'est-à-dire, l'amour déréglé de soi ou la passion de dominer, attirent sur l'espèce humaine le châtiment épouvantable attesté à la fois par l'histoire, par la fable, et par l'état présent du globe. L'amour dé-

réglé de soi sera dans tous les temps la seule cause des révolutions de la société et des désastres du genre humain.

La société physique ou des corps recommence, comme elle avait commencé, par une famille. Cette famille conserve le dépôt de la religion d'amour, et à peine descendue sur cette terre bouleversée par les eaux, elle offre au Seigneur un sacrifice qu'il agrée, parce que le don de l'homme se joint au don de la propriété. Croissez et multipliez, dit encore l'Etre suprême, qui dans une famille a consei'vé le genre humain, comme il l'avait produit dans une famille.

La terre se repeuple, les hommes et les passions naissent à la fois : la guerre des bons et des méchants, cette guerre née avec la société, devient plus active à mesure que le genre humain est plus nombreux et les hommes plus rapprochés.

Pour reproduire le genre humain, il est inévitable que les familles se rapprochent; pour conserver les familles, il est nécessaire que les sociétés se forment : c'est-à-dire que les familles particulières formeront, en se rapprochant, de petites sociétés, et que les sociétés formeront, en se distinguant, de grandes familles. Mais comment réunir en société, et pour leur conservation mutuelle, des familles d'hommes également animés de la passion de dominer? comment séparer, distinguer les sociétés, sans les fixer dans un territoire déterminé? et comment fixer les sociétés chez des hommes que le goût de l'indépendance, si puissant sur le cœur de l'homme naturel, les habitudes ou les besoins de la vie pastorale favorisés par la constante beauté du climat, invitaient à voyager sans cesse, et qui, pour se déplacer, n'avaient qu'à lever leurs lentes et suivre leurs troupeaux? Comment dire aux uns, Vous vous fixerez ici, et aux autres. Tous demeurerez là? Quelles montagnes, quels fleuves auraient pu arrêter leur humeur vagabonde ? Dieu, volonté générale conservatrice des sociétés humaines, attachera, pour ainsi dire, à la glèbe les diverses sociétés; il rendra un peuple 5e// du pays qu'il habite; il tracera, entre les sociétés diverses, des limites que l'homme ten-

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