‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 253 sur 300 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

ment des dîmes en faveur du Lévite, de l'étranger ou du pauvre, de la veuve et de l'orphelin; c'est-à-dire qu'il veut que les biens de la religion soient consacrés au culte religieux, et à soulager la faiblesse de Vâge, du sexe et de la condition. Les propriétés de la religion chrétienne n'ont pas une autre destination.

La dîme, chez les Chrétiens comme chez les Juifs, est d'institution divine, dans ce sens qu'elle est un rapport nécessaire dérivé de la nature des êtres, et par conséquent un développement nécessaire de la constitution religieuse et politique, puisque l'Être suprême, en créant l'homme, a rendu nécessaires la société et ses développements. En effet, si la religion a des ministres, elle doit pourvoir à leur subsistance, au moyen de ses propriétés. Mais ces ministres ont des fonctions à remplir dans la société, et ils ne peuvent cultiver les propriétés de la religion : il faut donc que d'autres les cultivent pour eux. Et qu'on ne dise pas que l'État peut salarier le culte, expression aussi indécente que l'idée est fausse et impie; car alors la religion n'est plus propriétaire, elle n'est plus indépendante, elle n'est plus société, puisque l'essence d'une société constituée est d'être indépendante, et qu'une société qui n'a que des salaires et non des propriétés est dépendante, comme un individu qui a des gages et non des propriétés.

La dîme est nécessaire; et, si les hommes ne la rétablissent pas, la nature de la société la rétablira d'elle-même, ou la religion cessera d'être publique : mais les abus de la perception, les abus de la distribution et les abus de l'emploi, s'il y en a, sont purement contingents, et ils doivent être réformés. Je rentre dans mon sujet.

2° J'ai distingué le sacrifice.

La religion est amour; l'amour est don de soi-même; le don de soi-même est sacrifice.

La famille était un homme et une propriété : et l'on a vu que, dans la religion naturelle ou de la famille, l'homme s'offrait lui-même et sa propriété.

La société politique avait des hommes et des propriétés; elle

478 THKORIE DU POUVOIR.

offrait réellement l'homme et la propriété. Ainsi, dans la société d'Abraham, l'homme fut offert, et dans les autres sociétés politiques, l'homme était immolé. La société des Juifs était plus qu'une société naturelle, et elle n'était pas une société politique; elle était une société réellement extérieure, puisqu'elle avait des hommes et des propriétés : mais elle n'était qu'en apparence une société politique, puisqu'il n'y avait pas de monarque, et qu'elle était gouvernée par des ordres particuliers de la Divinité. Ainsi la société Judaïque offrait en réalité le sacrifice de la propriété, et en apparence seulement ou en figure, le sacrifice de l'homme, puisque l'homme était présenté et racheté aussitôt. (( Tout ce qui est » mâle m'appartient, dit le Seigneur; mais vous rachèterez » l'aîné de vos enfants. »

S"* J'ai distingué les rites expiatoires. L'homme ne peut enfreindre les préceptes que l'Être suprême lui a donnés, sans craindre d'en être puni. Mais s'il craint d'être puni par l'Être suprême, sans espoir d'en être pardonné, il le craindra sans l'aimer; il le haïra donc, et la haine produira une religion atroce et cruelle. L'homme voudra fléchir cette inflexible Divinité; dans sa frayeur, il croira expier des crimes par des forfaits : il versera le sang de l'homme pour se faire pardonner de l'avoir versé; ou il tombera dans le désespoir, comblera la mesure de ses crimes, et deviendra scélérat, parce qu'il ne peut cesser d'être coupable : ou il rcjetera l'idée de la Divinité, et il se plongera, tête baissée, dans l'abîme sans fond de l'athéisme. « La religion païenne avait des crimes inexpiables, » la véritable religion ne peut en avoir. » Je citerai, en traitant de la religion chrétienne, le passage éloquent dans lequel 3Iontesquieu développe cette idée.

Les philosophes modernes se sont déchaînés coutre les rites expiatoires; ils les ont peints sous les couleurs les plus odieuses, et quelquefois avec les expressions les plus indécentes; ils ne connaissent pas l'homme. L'homme ne commet pas le crime, parce qu'il sait qu'il en obtiendra le pardon; il le -commet.

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