LIVRE III
Le dogme de la vie future et celui de Tira mortalité de l'âme n'étaient donc pas clairement développés au peuple Juif; « Mais » Dieu, dit Bossuet, en avait répandu quelques étincelles dans » les anciennes Écritures. Salomon avait dit que, comme le » corps retourne à la terre d'où il est sorti, l'esprit retourne » à Dieu qui l'a donné. Les Patriarches avaient vécu dans » cette espérance; et Daniel avait prédit qu'il viendrait un » temps où ceux qui dorment dans la poussière, s éveiller aient ^ » les uns -pour la vie éternelky les autres pour une éternelle con- » fusion. Mais en même temps que ces choses lui sont rêvé- » lées, il lui est ordonné de sceller le livre, et de le tenir fermé » jusqu'au temps ordonné de Dieu, afin de nous faire entendre » que la pleine découverte de ces vérités était d'une autre » saison et d'un autre siècle. »
Mais lorsque, instruits par leurs prophètes et plus encore par leurs malheurs, les Juifs se furent défaits de la pente qu'ils avaient à l'idolâtrie, alors il fut beaucoup plus souvent parlé, parmi eux, du dogme de l'immortalité de l'âme. L'on voit, dans les livres des Machabées, des prières publiques pour les morts; et la preuve que l'immortalité de l'âme et la résurrection des corps étaient des dogmes de la nation, est qu'on y distinguait les Sadducéens, secte de philosophes qui les niaient.
Il n'y avait donc de religion sociale ou constituée que chez le peuple Juif; puisque ce n'était que chez le peuple Juif que y adoration était fondée sur la nature de Dieu, et le culte fondé sur la nature de l'homme; que chez lui seulement la loi religieuse de l'unité de Dieu, était un rapport nécessaire dérivé de la nature d'une intelligence infinie, une conséquence nécessaire de la loi fondamentale de son existence, et loi fondamentale elle-même; et que ce n'était que chez le Juif, que la société offrait à l'Être suprême le don pur et sans crime de l'homme et de la propriété.
Le peuple Juif était donc le dépositaire de la foi de l'unité de Dieu : il devait donc être châtié quand, égaré par les sens, il perdait lui-même de vue cette vérité fondamentale qu'il était
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chargé de transmettre à l'univers. Il devait survivre au châtiment, pour pouvoir conserver aux autres nations le dépôt qu'il n'avait que pour elles; il devait subsister aussi longtemps que l'univers, et subsister sans se confondre avec aucun peuple, afin que la vue du dépositaire rappelât sans cesse le dépôt. Or, ce sont des faits incontestables, et dont nous sommes les témoins, que les effroyables revers du peuple Juif, son isolement total des autres peuples, et son indestructible existence-
Les ténèbres les plus épaisses couvraient le reste de la terre; et, si l'on peut conjecturer de l'histoire de Job, qu'au milieu des nations idolâtres quelques familles avaient conservé, par tradition, la connaissance du vrai Dieu, le témoignage de toutes les histoires atteste qu'elle ne s'était maintenue dans aucune autre société que dans celle des Juifs.
Il faut cependant distinguer l'idolâtrie du paganisme. L'idolâtrie, religion des sens, maintenait le sentiment de la Divinité, lors même qu'elle en défigurait l'idée. Le paganisme, religion de l'imagination, la laissa, pour ainsi dire, évaporer. Chez les peuples idolâtres, l'amour profane et la haine, sentiments profonds et naturels, avaient fait leurs dieux, si j'ose le dire, avec le Dieu véritable; chez les Grecs, peuple frivole et sans caractère, la reconnaissance, l'admiration, sentiments superficiels et factices, firent des dieux avec des hommes. Ils en firent de divers ordres; ils en firent de grands et de petits; ils les firent naître, ils les firent mourir; ils racontèrent leurs aventures; ils leurs donnèrent les vertus de l'homme et surtout ses passions : la religion ne fut plus sentiment; elle devint opinion, philosophie, poésie, chansons. L'athéisme s'introduisit à Athènes; et si l'idolâtrie y conserva des temples, ce fut pour offrir à ses dieux le sacrifice ordinaire de la prostitution, ou le sacrifice plus rare du meurtre. Je reviens aux Juifs.
Ce peuple, longtemps heureux après sa captivité, protégé par les rois de Perse, respecté par Alexandre, considéré par ses successeurs, voit sa religion attaquée par les rois de Syrie. Antiochus veut les forcer d'adorer les dieux des Grecs, et fait