LIVRE III
placer la statue de Jupiter Olympien dans le temple du Dieu jaloux. Gardiens du dépôt sacré de l'unité de Dieu, usufruitiers de cette succession, à laquelle, si j'ose le dire, l'univers était substitué, les Juifs puisent, dans ce sentiment, un courage invincible, et sous la conduite des Machabées, ils ont des succès prodigieux. Jamais ils n'avaient mieux défendu ce trésor, qu'à la veille de s'en dessaisir. Pour mieux le défendre, ils renoncent au gouvernement républicain dont la turbulence divise leurs forces et favorise l'intervention dangereuse de l'étranger : au moment de se dissoudre, cette société se reconstitue; elle fait plus, elle réunit, en quelque sorte, le gouvernement théocratique, qu'elle avait eu à sa naissance, au gouvernement monarchique qui lui avait succédé; et ses pontifes deviennent ses rois. « Mais l'acte, dit Bossuet, par lequel le » peuple de Dieu transporte à Simon (Machabée) toute la » puissance publique, et lui accorde les droits royaux, est » remarquable. Le décret porte qu'ii en jouira, lui et toute sa » postérité, jusqu'à ce qu'il vienne un fidèle et véritable pro- )) pkète. »
Le lecteur n'a pas besoin que je lui explique ces dernières paroles : il sait que le peuple Juif en société naturelle comme en société politique, sous ses juges comme sous les rois, dans sa prospérité comme dans ses revers, exilé sur les bords de l'Euphrate comme possesseur paisible des rives du Jourdain, aux premiers jours de son enfance comme dans les derniers temps de son existence politique, attendait un grand prophète, un Messie, un libérateur, enfant, comme lui, d'Abraham; et la preuve qu'il l'a toujours attendu est qu'il l'attend encore.
Je ne parle point des divisions qui troublèrent le règne des derniers Asmonéens; je n'écris pas l'histoire des Juifs : il me suffit que ce peuple ait conservé sur la terre la foi de l'unité de Dieu, et je me hâte d'arriver aux temps d'Auguste.