‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 285 sur 300 · SACRIFICE PERPÉTUEL DE LA RELIGION CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

SACRIFICE PERPÉTUEL DE LA RELIGION CHRÉTIENNE

il est temps de parler du sacrifice perpétuel, offert dans la société religieuse constituée, ou la religion chrétienne. Je n'entreprends pas d'en expliquer le mystère; mais j'ose en démontrer la nécessité, c'est-à-dire, faire voir qu'il est une loi, un rapport nécessaire f ou tel qu'il ne pourrait être autrement quil n'est, sans choquer la nature des êtres qui composent la société religieuse. J'emploierai, selon mon usage, la méthode la plus didactique, et le raisonnement le moins orné. On veut nous ramener sans cesse à la pure raison; c'est à la seule raison que je m'adresse : on rejette l'autorité de la théologie et la certitude de la foi; je n'invoque que l'autorité de l'histoire et le témoignage de nos sens : et la raison aussi conduit l'homme à la foi \

J'ai considéré l'homme-Dieu comme médiateur de l'alliance ou de la société entre Dieu et l'homme; je vais le considérer comme victime du sacrifice que la société offre à l'Être suprême.

J'ai dit que la religion dans l'homme social, ou la société, était sentiment, c'est-à-dire, amour et crainte.

L'amour et la crainte, dans l'homme social, ne peuvent être que l'amour de sa conservation et la crainte de sa destruction; puisque la société est une réunion d'êtres semblables, réunion dont la fin est leur conservation mutuelle.

Si la religion, dans l'homme, est amour et crainte, elle se produira au dehors par l'action des sens; car nous avons vu

' La raison, dans mes vers, conduit l'homme à la foi.

(Racine, Poème de la Religion.)

que l'homme ne peut avoir l'amour ou la crainte d'un objet, sans manifester, s'il est libre, par l'action de ses sens, son amour ou sa crainte.

Par quelle action de ses sens l'homme manifestera-t-il l'amour de sa conservation ou la crainte de sa destruction ?

Par le don; car l'homme donne pour obtenir le bien qu'il aime, comme il donne pour éviter le mal qu'il craint.

Mais l'importance du don doit être proportionnée à la force de l'amour et de la crainte, comme l'amour et la crainte sont eux-mêmes proportionnés à la bonté de l'objet que l'on aime et à la puissance de l'objet que l'on craint.

Dans la société religieuse, l'objet de l'amour et de la crainte de l'homme est la Divinité, c'est-à-dire, l'Etre infiniment bon et infiniment puissant.

Donc l'amour et la crainte seront infinis ou les plus forts que l'homme puisse éprouver : donc l'action extérieure par laquelle l'homme manifestera son amour et sa crainte, sera l'action la plus importante que l'homme puisse faire.

Donc le don que l'homme fera pour témoigner son amour et sa crainte, sera le don le plus précieux qu'il puisse offrir.

Or, quel est le don le plus précieux que l'homme puisse offrir, et l'action la plus importante qu'il puisse faire?

C'est le don de lui-même, et l'action par laquelle il se donne.

L'homme se donnera donc lui-même par amour et par crainte; il se donnera lui-même dans toutes les sociétés, soit religieuses, soit politiques; car ces sociétés sont semblables, et elles ont une constitution semblable.

Ainsi, dans la société naturelle ou la famille, l'homme dans l'union des sexes se donne lui-même par amour de soi ou de sa conservation. Ainsi, dans les sociétés politiques non constituées, l'homme se donnait lui même dans l'esclavage par crainte de sa destruction; ainsi, dans les sociétés politiques constituées, l'homme doit se donner lui-même à la société, par amour des

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