‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 286 sur 300 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

autres, en se dévouant à leur défense dans les professions sociales.

L'homme se donnera donc lui-même à la Divinité, objet de son amour et de sa crainte.

L'homme social ou la société est l'homme et la propriété : l'homme social ou la société fera donc à la Divinité le don de l'homme et de la propriété, dans toutes les sociétés religieuses.

Ce don s'appelle sacrifice.

Et j'aperçois dans toutes les sociétés religieuses de l'univers le sacrifice social, c'est-à-dire, le don de r homme, et F offrande de la propriété.

Il ne peut y avoir que deux sociétés religieuses, ou religions différentes; la religion d'un Dieu ou le monothéisme, et la religion de plusieurs dieux ou le polythéisme.

Mais l'unité de Dieu est un rapport nécessaire dérivé de la nature des êtres; car s'il y a un être infini, il ne peut y en avoir qu'ww.

Donc l'unité de Dieu est une loi fondamentale; donc la religion de l'unité de Dieu est la religion véritable, ou constituée.

La pluralité des dieux est par conséquent un rapport non nécessaire, absurde, contraire à la nature des êtres.

Donc la société religieuse de la pluralité des dieux, ou du polythéisme, sera une société religieuse non constituée.

Donc il ne pourra y avoir qu'une seule société religieuse constituée; parce que sur un même objet, il ne peut y avoir qu'un rapport nécessaire.

Donc il pourra y avoir un grand nombre de sociétés religieuses non constituées; parce que sur un même objet, il y a un grand nombre de rapports non nécessaires.

Ainsi je suis ramené, dans la société religieuse, aux mêmes résultats auxquels je suis parvenu en traitant des sociétés politiques, que j'ai divisées en sociétés constituées de l'unité de pouvoir ou monarchiques, et sociétés non constituées de la pluralité des pouvoirs ou républiques. Car le despotisme, so-

ciété non constituée, n'est autre chose qu'une république en état de guerre, comme la république n'est elle-même qu'un despotisme dont le chef est absent, et va revenir.

S'il ne peut y avoir que deux religions, la religion constituée de l'unité de Dieu ou le monothéisme, et la religion non constituée de la pluralité des dieux ou le polythéisme, il ne peut y avoir que deux sacrifices, le sacrifice de la religion de l'unité de Dieu, et le sacrifice de la religion de la pluralité des dieux.

Le sacrifice religieux est l'action par laquelle l'homme social se donne lui-même et sa propriété, à la Divinité, par amour et par crainte.

Dans la religion de l'unité Dieu, l'amour ne peut pas être séparé de la crainte; parce qu'un être infiniment bon est nécessairement un être infiniment puissant : ce sont des rapports nécessaires et fondés sur la nature des êtres; ce sont des lois.

Mais l'amour sera plus fort que la crainte, parce que l'amour est un sentiment positif, et la crainte un sentiment négatif; puisque l'Être suprême conserve par une action positive et sans cesse renouvelée, au lieu que pour détruire, il n'a qu'à suspendre son action, on ne pas conserver.

Ainsi je dois retrouver dans le sacrifice de la société religieuse constituée ou du monothéisme, le sacrifice de l'amour mêlé de crainte.

Dans la religion de la pluralité des dieux, société non constituée, l'homme a perdu la connaissance de Dieu, puisqu'il s'est écarté de la loi fondamentale, ou du rapport nécessaire de l'unité de Dieu.

Dieu avait fait l'homme intelligent et à son image, et lui avait donné une émanation de ses perfections. L'homme dépravé fait à son tour des dieux à son image, et leur attribue ses passions; il les multiplie pour les opposer l'un à l'autre; il les fait haïr, pour qu'ils puissent se combattre. Dans sa faiblesse, il se regarde comme le sujet de leurs querelles et le jouet de leurs passions : mais le sentiment de la puissance infinie delà Divinité ne peut s'effacer du cœur de l'homme; l homme réunit les

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