‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 287 sur 300 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

attributs nécessaires de la Divinité, avec les attributs arbitraires qu'il lui a donnés; il joint la puissance à la haine, et il en fait des dieux infiniment méchants. Dès lors il ne peut plus les aimer, il ne peut que les craindre; et la crainte sans amour est la haine. Aussi remarquez que les peuples barbares représentent leurs dieux sous des figures monstrueuses et effroyables que la haine et la peur ont pu seules imaginer.

Ainsi je dois retrouver dans le sacrifice des sociétés religieuses non constituées, ou du polythéisme, le sacrifice de la crainte sans amour ou de la haine.

Ainsi, dans les sociétés religieuses, il y a une société constituée dont le principe est Vamour, et une société non constituée dont le principe est la crainte : comme dans les sociétés politiques, il y a une société constituée dont le principe est l'amour, et des sociétés non constituées dont le principe est la crainte *.

Ainsi l'on peut apercevoir le motif secret, le principe intérieur de la conformité de la société religieuse et de la société politique en gênerai, et de la tendance particulière à s'unir qu'ont entre elles certaines sociétés religieuses et certaines sociétés politiques.

La société religieuse, comme la société politique, ne parvient pas tout à coup à sa perfection; de même que l'homme intelligent et physique ne parvient pas tout à coup à sa perfection, c'est-à-dire, que tous les rapports nécessaires ne se développent pas à la fois; et parce que la constitution est un principe de perfectionnement et de développement progressif pour l'une et pour l'autre société, l'une et l'autre a ses différents âges et ses différents états de perfection. Nous les avons remarqués dans la société politique ; ils sont encore plus sensibles dans la société religieuse.

Donc, moins la société religieuse sera parfaite ou constituée, moins le sentiment ou l'amour sera parfait, moins l'action par laquelle le sentiment se manifeste, sera parfaite, moins le sa-

' Voyez la première partie, liv. vi, chap. i.

orifice sera parfait, c'est-à-dire, moins le don del'horame et celui de la propriété seront parfaits.

Donc, dans la société religieuse la plus parfaite ou la plus constituée, le sacrifice sera le plus parfait qu'il est possible; c'està-dire, que la société fera à la Divinité, de la manière la plus parfaite, le don de V homme le plus parfait, et de la propriété la plus pure et la plus parfaite.

Donc, dans la société la plus imparfaite ou la moins constituée, le sacrifice sera le plus imparfait qu'il soit possible; c'està-dire, que la société fera à la Divinité, de la manière la plus imparfaite, le don de l'homme le plus imparfait, et de la propriété la plus imparfaite. Ce sont des rapports nécessaires dérivés de la nature des êtres; donc ce sont des lois.

La question se trouve donc réduite à des preuves de fait.

L'histoire pour les temps passés, le témoignage des sens dans les temps oii nous vivons, doivent me montrer dans les deux sociétés religieuses du monothéisme et du polvthéisme, 1*" le sacrifice social, c'est-à-dire, le don, fait à la Divinité, de l'homme et de la propriété.

2° Le sacrifice d'amour mêlé de crainte, dans la société religieuse constituée, ou le monothéisme; le sacrifice de crainte sans amour, ou de haine, dans la société religieuse non constituée, ou le polythéisme.

S** Le sacrifice doit être plus parfait dans la société religieuse cx)nstituée, à mesure que la société elle-même est plus parfaite ou plus constituée; et le sacrifice doit être plus imparfait dans la société religieuse non constituée, à mesure que la société elle-même est plus imparfaite et plus inconstituée.

4" Dans la société religieuse la plus parfaite ou la plus constituée, qui est la religion chrétienne, le sacrifice sera le plus parfait : c'est-à-dire que le sentiment ou l'amour sera le plus parfait, l'action par laquelle il se manifeste, la plus parfaite; le don de l'homme et de la propriété sera le don de l'homme le plus parfait et de la propriété la plus pure : et dans la société religieuse la plus imparfaite ou la plus inconstituée, qui est

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