‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 292 sur 300 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

qui donne, le don de Dieu h l'homme sera un don infini comme Dieu qui donne. Si ce don est infini, il sera incompréhensible à l'homme; car si l'homme pouvait comprendre tout ce que Dieu peut faire, l'homme serait autant que Dieu, ou Dieu ne serait pas plus que l'homme.

Dieu se donnera donc à l'homme intérieur et extérieur d'une manière incompréhensible et infinie, comme l'homme extérieur et intérieur s'est donné lui-même à Dieu, afin que le don de Dieu à l'homme soit aussi entier que celui de l'homme à Dieu, afin que l'amour soit mutuel, et que Dieu et l'homme forment ensemble une véritable société, réunion d'êtres semblables, réunion dont la fin est leur conservation mu tuelle .

Ce sont là des rapports nécessaires dérivés de la nature des êtres; donc ce sont des lois.

« Ainsi, dit Bossuet, l'esprit et le corps se joignent pour » jouir de Dieu; mais comme l'union des corps est le fomle- » ment d'un si grand ouvrage, celle des esprits en est la per- » fection. » Et cette union a pour principe l'amour, puisque Bossuet dit plus haut : « Qu'encore que la perception du corps » et du sang de l'homme-Dieu ne soit que momentanée, le droit » que nous avons de le recevoir est perpétuel, et semblable au » droit sacré qu'on a l'un sur l'autre par le mariage. »

Mais l'homme-Dieu s'est-il rendu extérieur et sensible pour se donner à l'homme?.... Ecoutez.

Cet homme, qui se dit le fils de Dieu, et Dieu lui-même; le plus parfait des hommes, puisqu'il défie ses ennemis de le convaincre d'aucun péché; cet homme qui représente tous les hommes, puisqu'il exprime dans sa personne et dans les différentes circonstances de sa vie toutes les situations de l'homme social, la veille du jour où il termina sa pénible carrière par une mort ignominieuse, dans le dernier épanchement de son amour pour ses disciples, qu'il destinait à ses grands desseins sur la société humaine, leur donna à eux, et dans leur personne, à tous les membres de la société qu'il allait former, les

leçons les plus sublimes, et les instructions les plus touchantes '. Il leur apprend les devoirs de ioul pouvoir qui s'exerce sur des chrétiens, dans ces paroles qui conviennent au pouvoir politique, comme au pouvoir religieux : « Les rois des nations les )) maîtrisent; pour vous, vous ne devez pas en user de même. )) Que celui d'entre vous qui est le premier ne soit que le servi- » leur des autres. » Définition exacte des rapports de Jésus- Christ avec les hommes, puisqu'il a pris, pour les sauver, la forme d'un esclave; détinition exacte de la royauté dans une société constituée, dont elle est une véritable propriété, puisque la famille qui l'exerce ne s'appartient plus à elle-même, et qu'elle appartient tout entière à la société, constitution inconnue aux nations les plus policées de l'antiquité *. Il leur apprend les devoirs des sujets envers le pouvoir de la société, dans la comparaison touchante des brebis et du pasteur; le devoir des hommes entre eux dans ces paroles : Cest là mon commandement, que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés. Il leur enseigne quelle est la mesure de cet amour, en leur disant que personne ne peut donner un plus grand témoignage d'amour que de donner sa vie pour ses amis; et il ajoute que, s'il ne souffre pas la Tnort, ils ne peuvent recevoir son Esprit, pour l'accomplissement du grand ouvrage auquel ils sont appelés; mais que, lorsqu'une fois il sera élevé, il attirera tout à lui. Tout à coup s'adressant à son Père, il se constitue lui-même Vhomme universel, en réunissant tous les hommes en un seul homme, et les incorporant à lui même : Mon Père, ditil, que tous ensemble ils ne soient qu'un, comme vous et moi nous sommes un; qu'ils soient un en nous, comme vous êtes en moi, et moi en vous. Et afin que nous ne croyions pas qu'il borne au petit nombre de ses disciples les prières qu'il adresse à son Père : Ce n'est pas seulement, continue-t-il, pour eux que je

' Je prie le lecteur, pour qui la vérité n'est pas indifférente, de lire avec attention le discours de Jésus-Christ après la Cène, rapporte dans saint Jean. - Les anciens, dit l'Esprit des lois, n'avaient pas l'idée de la monarchie.

Page 1