‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 4 sur 300 · SOCIÉTÉS NATURELLES · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉS NATURELLES

On ne peut traiter de la société sans parler de Thomme, ni parler de l'homme sans remonter à Dieu '.

' Quand l'univers croyait à une foule de divinités, les philosophes croyaient à l'unité de Dieu; quand l'univers a cru un Dieu unique, les philosophes ont nié son existence : si l'univers devenait athée, ils deviendraient peut-être polythéistes. Quand les peuples adoraient des dieux de bois et de métal, les sages croyaient Dieu un pur esprit; quand les peuples ont cru Dieu un esprit, les sages l'ont cru l'assemblage de tous les êtres, même corporels, l'univers. C'est ce qu'on appelle ne pas penser comme le vulgaire. Les fabricateurs les moins insensés de la divinité font leur Dieu de la nafwre; c'est-à-dire de l'assemblage des lois générales ou rapports nécassaires qui existent entre les êtres, ils mettent dans la société religieuse, les lois à la place de l'Être-suprême, comme ils mettent, dans la société politique, la loi à la place du monarque. Ce que je me suis surtout attaché, dans cet ouvrage, à faire remarquer à mes lecteurs, est la similitude de ces deux sociétés, et ce lien merveilleux qui les unit l'une a

Quand les principes conservateurs des sociétés sont ébranlés, il faut les replacer sur leurs bases ; quand un édifice menace ruine, on en sonde, on en raffermit les fondements. Une fausse philosophie affecte de décrier ce qu'elle ne veut pas comprendre; sa théorie est simple et sans obscurité : c'est celle de l'athéisme et de l'anarchie. Il ne faut pas de raisonnements à qui ne fait que nier, comme il ne faut pas de plan à qui ne fait que détruire. Opposons la raison aux sophismes, et l'histoire aux hypothèses.

Le genre humain, c'est-à-dire les sociétés de tous les temps et de tous les lieux, a eu le sentiment de l'existence de la divinité : donc la divinité existe ; car le sentiment général du genre humain est infaillible.

Existence de Dieu, vérité fondamentale; je la suppose ici, j'essaierai ailleurs de la démontrer.

Dieu échappe à tous nos sens ; donc il est intelligence, et intelligence infinie; donc il se connaît lui-même d'une connaissance infinie; donc il s aime lui-môme d'un amour infini; donc il veut se conserver, ou être heureux, d'une volonté infinie; donc il peut se conserver d'une force ou d'une puissance infinie.

Donc Dieu est volonté, amour, force ou puissance infinies.

Dans l'être simple, toutes ces opérations ne sont qu'un seul et même acte ; mais il est permis de les distinguer par la pensée, puisqu'elles se distinguent elles-mêmes par les effets.

l'autre, et qui est tel, qu'il n'arrive pas un changement dans l'une des deu\ qu'il ne survienne bienlùt dans l'autre un changcnient semblable.

Le consentement, ou sentiment commun du genre humain me paraît la plus forte preuve de l'existence de Dieu qu'on puisse otï'rir à l'homme en société; car il ne faut jamais considérer l'homme hors de la société, puisqu'il est impossible qu'il existe un homme hors de toute société ou naturelle, ou politique. Cette preuve de l'existence de Dieu est d'une évidence sociale; car il y a une évidence sociale, comme il y a une évidence morale, physique et métaphysique, suivant la nature des rapports sur lesquels elle est fondée. C'est cette preuve sur laquelle Cicéron insista le plus. Quoniam in re omni corisensio firma gentium omnium est vvx naturœ et argumentum veriiads. Je deveioppeiaî ces vérités en traitant de la société religieuse.

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